Film : 12 jours

Vendredi 15 décembre 19h15

Projection du nouveau film "12 jours", de Raymond Depardon. Avant 12 jours, les personnes hospitalisées en psychiatrie sans leur consentement sont présentées en audience, d’un côté un juge, de l’autre un patient, entre eux naît un dialogue sur le sens du mot liberté et de la vie.

Critique de Télérama :

"Des blocs de mal-être… L’une n’a plus goût en la vie, ne veut plus se battre pour le retrouver, pourquoi ne la laisse-t-on pas se ­suicider ? Une autre, salariée d’Orange, raconte le harcèlement au travail, la décision de son employeur de l’hospita­liser et la violence subie lorsque douze personnes l’ont entourée pour la contenir et l’attacher. Fébrile, assailli par l’an­goisse que ses voisins soient des djihadistes, un troisième gémit : « J’ai la folie d’un être humain. » Un autre encore veut qu’on rassure son père alors qu’il l’a tué dix ans auparavant… Autant de cas différents, du burn-out à la schizo­phrénie. Autant de patients, hospitalisés sans consentement, en psychiatrie.

Douze jours : en vertu d’une loi de septembre 2013, c’est le délai maximal au terme duquel les patients sont présentés devant un juge des libertés et de la détention qui doit décider de prolonger ou non l’hospitalisation. Ce sont ces audiences, dans un bureau ordinaire, que Raymond Depardon a filmées, à l’hôpital psychiatrique du Vinatier, à Lyon. Abordée dans San Clemente et Urgences, la folie croise ici un autre sujet cher au cinéaste : le fonctionnement judiciaire (Délits flagrants ; 10e Cham­bre. Instants d’audience). Hormis quelques intermèdes, dans le parc, la cour ou les couloirs de l’établissement, il se con­centre, une fois encore, sur la parole, l’échange, l’écoute, avec ce souci de respect et d’empathie qu’on lui connaît. Certes, le premier plan — un travelling avant exagérément lent dans un couloir désert, soutenu par un son grave — n’est pas très heureux. Il instaure une menace artificielle et contredit le reste du film : un face-à-face humain, sur la détresse extrême, entre un patient et un magistrat, placés à égalité dans des champs-contrechamps plein cadre. Les juges, parfois un peu hautains dans leur façon de parler, sont bienveillants la plupart du temps. Attentifs, posant de bonnes questions, essayant d’évaluer, en s’appuyant sur le rapport du psychiatre, si la liberté est envisagea­ble. Les patients, dont beaucoup veulent sortir, paraissent un peu hébétés par les médicaments. Mais ce qui leur reste de force saisit. A travers leurs délires, plaintes ou sarcasmes, transparaît une forme de lucidité aussi terrible qu’extra­ordinaire. Leurs propos nous touchent car ils sont le reflet évident des maux de notre société. Et de nos vulnérabilités.

Les dialogues peuvent se révéler ­cocasses, émaillés de lapsus, de malentendus, d’incompréhension réciproque. Une forme de théâtre de l’absurde émerge alors, une autre logique de pensée, de langage. Ces patients détiendraient-ils une vérité, comme peut le laisser croire la citation de Michel Foucault placée en exergue du film, « De l’homme à l’homme vrai, le chemin passe par l’homme fou » ? Peut-être, mais c’est moins leur particularité que leur proximité avec nous qui rend leur abîme de souffrance si poignant."

À 19h15 (et plein d'autres séances cette semaine)

Au Méliès