César de Polanski : La tribune de Virginie Despentes

04/03/2020

Suite au triomphe du réalisateur Roman Polanski à la cérémonie des Césars, voici la tribune de la romancière féministe Virginie Despentes, publiée dans le journal Libération.

Nous vous proposons ensuite une réaction féministe à cette tribune : La tribune de Despentes n’est pas féministe, et elle a oublié Aïssa Maïga.

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La tribune de Virginie Despentes :

"Désormais on se lève et on se barre

Je vais commencer comme ça : soyez rassurés, les puissants, les boss, les chefs, les gros bonnets : ça fait mal. On a beau le savoir, on a beau vous connaître, on a beau l’avoir pris des dizaines de fois votre gros pouvoir en travers de la gueule, ça fait toujours aussi mal.

Tout ce week-end à vous écouter geindre et chialer, vous plaindre de ce qu’on vous oblige à passer vos lois à coups de 49.3 et qu’on ne vous laisse pas célébrer Polanski tranquilles et que ça vous gâche la fête mais derrière vos jérémiades, ne vous en faites pas : on vous entend jouir de ce que vous êtes les vrais patrons, les gros caïds, et le message passe cinq sur cinq : cette notion de consentement, vous ne comptez pas la laisser passer.

Où serait le fun d’appartenir au clan des puissants s’il fallait tenir compte du consentement des dominés ? Et je ne suis certainement pas la seule à avoir envie de chialer de rage et d’impuissance depuis votre belle démonstration de force, certainement pas la seule à me sentir salie par le spectacle de votre orgie d’impunité.

Il n’y a rien de surprenant à ce que l’académie des césars élise Roman Polanski meilleur réalisateur de l’année 2020. C’est grotesque, c’est insultant, c’est ignoble, mais ce n’est pas surprenant. Quand tu confies un budget de plus de 25 millions à un mec pour faire un téléfilm, le message est dans le budget. Si la lutte contre la montée de l’antisémitisme intéressait le cinéma français, ça se verrait.

Par contre, la voix des opprimés qui prennent en charge le récit de leur calvaire, on a compris que ça vous soûlait. Alors quand vous avez entendu parler de cette subtile comparaison entre la problématique d’un cinéaste chahuté par une centaine de féministes devant trois salles de cinéma et Dreyfus, victime de l’antisémitisme français de la fin du siècle dernier, vous avez sauté sur l’occasion.

Vingt-cinq millions pour ce parallèle. Superbe. On applaudit les investisseurs, puisque pour rassembler un tel budget il a fallu que tout le monde joue le jeu : Gaumont Distribution, les crédits d’impôts, France 2, France 3, OCS, Canal +, la RAI… la main à la poche, et généreux, pour une fois. Vous serrez les rangs, vous défendez l’un des vôtres. Les plus puissants entendent défendre leurs prérogatives : ça fait partie de votre élégance, le viol est même ce qui fonde votre style. La loi vous couvre, les tribunaux sont votre domaine, les médias vous appartiennent. Et c’est exactement à cela que ça sert, la puissance de vos grosses fortunes : avoir le contrôle des corps déclarés subalternes. Les corps qui se taisent, qui ne racontent pas l’histoire de leur point de vue.

Le temps est venu pour les plus riches de faire passer ce beau message : le respect qu’on leur doit s’étendra désormais jusqu’à leurs bites tachées du sang et de la merde des enfants qu’ils violent. Que ça soit à l’Assemblée nationale ou dans la culture – marre de se cacher, de simuler la gêne. Vous exigez le respect entier et constant. Ça vaut pour le viol, ça vaut pour les exactions de votre police, ça vaut pour les césars, ça vaut pour votre réforme des retraites.

C’est votre politique : exiger le silence des victimes. Ça fait partie du territoire, et s’il faut nous transmettre le message par la terreur vous ne voyez pas où est le problème. Votre jouissance morbide, avant tout. Et vous ne tolérez autour de vous que les valets les plus dociles. Il n’y a rien de surprenant à ce que vous ayez couronné Polanski : c’est toujours l’argent qu’on célèbre, dans ces cérémonies, le cinéma on s’en fout. Le public on s’en fout. C’est votre propre puissance de frappe monétaire que vous venez aduler. C’est le gros budget que vous lui avez octroyé en signe de soutien que vous saluez – à travers lui c’est votre puissance qu’on doit respecter.

Il serait inutile et déplacé, dans un commentaire sur cette cérémonie, de séparer les corps de cis mecs aux corps de cis meufs. Je ne vois aucune différence de comportements. Il est entendu que les grands prix continuent d’être exclusivement le domaine des hommes, puisque le message de fond est : rien ne doit changer. Les choses sont très bien telles qu’elles sont. Quand Foresti se permet de quitter la fête et de se déclarer «écœurée», elle ne le fait pas en tant que meuf – elle le fait en tant qu’individu qui prend le risque de se mettre la profession à dos. Elle le fait en tant qu’individu qui n’est pas entièrement assujetti à l’industrie cinématographique, parce qu’elle sait que votre pouvoir n’ira pas jusqu’à vider ses salles.

Elle est la seule à oser faire une blague sur l’éléphant au milieu de la pièce, tous les autres botteront en touche. Pas un mot sur Polanski, pas un mot sur Adèle Haenel. On dîne tous ensemble, dans ce milieu, on connaît les mots d’ordre : ça fait des mois que vous vous agacez de ce qu’une partie du public se fasse entendre et ça fait des mois que vous souffrez de ce qu’Adèle Haenel ait pris la parole pour raconter son histoire d’enfant actrice, de son point de vue.

Alors tous les corps assis ce soir-là dans la salle sont convoqués dans un seul but : vérifier le pouvoir absolu des puissants. Et les puissants aiment les violeurs. Enfin, ceux qui leur ressemblent, ceux qui sont puissants. On ne les aime pas malgré le viol et parce qu’ils ont du talent. On leur trouve du talent et du style parce qu’ils sont des violeurs. On les aime pour ça. Pour le courage qu’ils ont de réclamer la morbidité de leur plaisir, leur pulsion débile et systématique de destruction de l’autre, de destruction de tout ce qu’ils touchent en vérité.

Votre plaisir réside dans la prédation, c’est votre seule compréhension du style. Vous savez très bien ce que vous faites quand vous défendez Polanski : vous exigez qu’on vous admire jusque dans votre délinquance. C’est cette exigence qui fait que lors de la cérémonie tous les corps sont soumis à une même loi du silence. On accuse le politiquement correct et les réseaux sociaux, comme si cette omerta datait d’hier et que c’était la faute des féministes mais ça fait des décennies que ça se goupille comme ça : pendant les cérémonies de cinéma français, on ne blague jamais avec la susceptibilité des patrons.

Alors tout le monde se tait, tout le monde sourit. Si le violeur d’enfant c’était l’homme de ménage alors là pas de quartier : police, prison, déclarations tonitruantes, défense de la victime et condamnation générale. Mais si le violeur est un puissant : respect et solidarité. Ne jamais parler en public de ce qui se passe pendant les castings ni pendant les prépas ni sur les tournages ni pendant les promos. Ça se raconte, ça se sait. Tout le monde sait. C’est toujours la loi du silence qui prévaut. C’est au respect de cette consigne qu’on sélectionne les employés.

Et bien qu’on sache tout ça depuis des années, la vérité c’est qu’on est toujours surpris par l’outrecuidance du pouvoir. C’est ça qui est beau, finalement, c’est que ça marche à tous les coups, vos saletés. Ça reste humiliant de voir les participants se succéder au pupitre, que ce soit pour annoncer ou pour recevoir un prix. On s’identifie forcément – pas seulement moi qui fais partie de ce sérail mais n’importe qui regardant la cérémonie, on s’identifie et on est humilié par procuration.

Tant de silence, tant de soumission, tant d’empressement dans la servitude. On se reconnaît. On a envie de crever. Parce qu’à la fin de l’exercice, on sait qu’on est tous les employés de ce grand merdier. On est humilié par procuration quand on les regarde se taire alors qu’ils savent que si Portrait de la jeune fille en feu ne reçoit aucun des grands prix de la fin, c’est uniquement parce qu’Adèle Haenel a parlé et qu’il s’agit de bien faire comprendre aux victimes qui pourraient avoir envie de raconter leur histoire qu’elles feraient bien de réfléchir avant de rompre la loi du silence. Humilié par procuration que vous ayez osé convoquer deux réalisatrices qui n’ont jamais reçu et ne recevront probablement jamais le prix de la meilleure réalisation pour remettre le prix à Roman fucking Polanski. Himself. Dans nos gueules. Vous n’avez décidément honte de rien. Vingt-cinq millions, c’est-à-dire plus de quatorze fois le budget des Misérables, et le mec n’est même pas foutu de classer son film dans le box-office des cinq films les plus vus dans l’année. Et vous le récompensez.

Et vous savez très bien ce que vous faites – que l’humiliation subie par toute une partie du public qui a très bien compris le message s’étendra jusqu’au prix d’après, celui des Misérables, quand vous convoquez sur la scène les corps les plus vulnérables de la salle, ceux dont on sait qu’ils risquent leur peau au moindre contrôle de police, et que si ça manque de meufs parmi eux, on voit bien que ça ne manque pas d’intelligence et on sait qu’ils savent à quel point le lien est direct entre l’impunité du violeur célébré ce soir-là et la situation du quartier où ils vivent. Les réalisatrices qui décernent le prix de votre impunité, les réalisateurs dont le prix est taché par votre ignominie – même combat.

Les uns les autres savent qu’en tant qu’employés de l’industrie du cinéma, s’ils veulent bosser demain, ils doivent se taire. Même pas une blague, même pas une vanne. Ça, c’est le spectacle des césars. Et les hasards du calendrier font que le message vaut sur tous les tableaux : trois mois de grève pour protester contre une réforme des retraites dont on ne veut pas et que vous allez faire passer en force. C’est le même message venu des mêmes milieux adressé au même peuple : «Ta gueule, tu la fermes, ton consentement tu te le carres dans ton cul, et tu souris quand tu me croises parce que je suis puissant, parce que j’ai toute la thune, parce que c’est moi le boss.»

Alors quand Adèle Haenel s’est levée, c’était le sacrilège en marche. Une employée récidiviste, qui ne se force pas à sourire quand on l’éclabousse en public, qui ne se force pas à applaudir au spectacle de sa propre humiliation. Adèle se lève comme elle s’est déjà levée pour dire voilà comment je la vois votre histoire du réalisateur et son actrice adolescente, voilà comment je l’ai vécue, voilà comment je la porte, voilà comment ça me colle à la peau. Parce que vous pouvez nous la décliner sur tous les tons, votre imbécillité de séparation entre l’homme et l’artiste – toutes les victimes de viol d’artistes savent qu’il n’y a pas de division miraculeuse entre le corps violé et le corps créateur. On trimballe ce qu’on est et c’est tout. Venez m’expliquer comment je devrais m’y prendre pour laisser la fille violée devant la porte de mon bureau avant de me mettre à écrire, bande de bouffons.

Adèle se lève et elle se casse. Ce soir du 28 février on n’a pas appris grand-chose qu’on ignorait sur la belle industrie du cinéma français par contre on a appris comment ça se porte, la robe de soirée. A la guerrière. Comme on marche sur des talons hauts : comme si on allait démolir le bâtiment entier, comment on avance le dos droit et la nuque raidie de colère et les épaules ouvertes. La plus belle image en quarante-cinq ans de cérémonie – Adèle Haenel quand elle descend les escaliers pour sortir et qu’elle vous applaudit et désormais on sait comment ça marche, quelqu’un qui se casse et vous dit merde. Je donne 80% de ma bibliothèque féministe pour cette image-là.

Cette leçon-là. Adèle je sais pas si je te male gaze ou si je te female gaze mais je te love gaze en boucle sur mon téléphone pour cette sortie-là. Ton corps, tes yeux, ton dos, ta voix, tes gestes tout disait : oui on est les connasses, on est les humiliées, oui on n’a qu’à fermer nos gueules et manger vos coups, vous êtes les boss, vous avez le pouvoir et l’arrogance qui va avec mais on ne restera pas assis sans rien dire. Vous n’aurez pas notre respect. On se casse. Faites vos conneries entre vous. Célébrez-vous, humiliez-vous les uns les autres tuez, violez, exploitez, défoncez tout ce qui vous passe sous la main. On se lève et on se casse. C’est probablement une image annonciatrice des jours à venir.

La différence ne se situe pas entre les hommes et les femmes, mais entre dominés et dominants, entre ceux qui entendent confisquer la narration et imposer leurs décisions et ceux qui vont se lever et se casser en gueulant. C’est la seule réponse possible à vos politiques. Quand ça ne va pas, quand ça va trop loin ; on se lève on se casse et on gueule et on vous insulte et même si on est ceux d’en bas, même si on le prend pleine face votre pouvoir de merde, on vous méprise on vous dégueule. Nous n’avons aucun respect pour votre mascarade de respectabilité.

Votre monde est dégueulasse. Votre amour du plus fort est morbide. Votre puissance est une puissance sinistre. Vous êtes une bande d’imbéciles funestes. Le monde que vous avez créé pour régner dessus comme des minables est irrespirable. On se lève et on se casse. C’est terminé. On se lève. On se casse. On gueule. On vous emmerde."

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La réaction à cette tribune du Collectif Auto Média Énervé :

La tribune de Despentes n’est pas féministe, et elle a oublié Aïssa Maïga

"Lorsqu’elle parle de sa colère lors de la nomination de Polanski aux César, et lorsqu’elle décrit la réaction d’Adèle Haenel, avant qu’elle ne rejoigne les manifestantes devant la salle, les mots de V. Despentes décrivent la rage que nous avons toutes ressentie, notre dégout commun de ce « crachat au visage », et la puissance que nous avons puisé grâce à A. Haenel. Le reste du texte, pour nous : elle aurait pu s’en passer.

1/ Il est étonnant que, alors que V. D. cite les « individus » (pas les femmes non non) qui se sont rebellées, pas un mot sur Aïssa Maïga, qui a pourtant donné un coup de pieds dans la fourmilière toute blanche du cinéma français avec un discours courageux, où elle invitait à une plus grande diversité (sauf à celle de V. Cassel). C’était pourtant le premier grand moment politique de cette cérémonie. D’ailleurs, elle aussi s’est levée.

2/ Les violences sexuelles sur les enfants, ce n’est pas un problème de thunes ou des fameux « puissants » qui obsèdent l’autrice : c’est un problème de patriarcat. Il est fort probable qu’un pédocriminel, même « homme de ménage », ne voit jamais l’intérieur d’un tribunal, sauf s’il est racisé. Les violences sexuelles sur mineur.e.s concernent toutes les classes sociales, tous les milieux, et il est dangereux et irresponsable de prétendre le contraire. L’impunité des agresseurs ne vient pas du délire d’un cercle de puissants, mais de la culture du viol et de la domination masculine.

Et c’est pour ça que dépolitiser le genre, comme le fait V. D. tout au long de sa tribune, au profit d’une unique lecture de classe sociale (et en « oubliant » complètement la moindre intersectionnalité) c’est être à côté de la plaque et c’est oublier les corps réels : ceux des hommes qui en avaient assez d’entendre parler « diversité », ceux des femmes pétrifiées par la violence, ceux des victimes qui se sont levées et celles qui n’ont pas pu.

Mise à jour et réponse aux critiques que nous avons reçu :

Nous n’avons jamais écrit que Virginie Despentes n’était pas féministe : nous avons écrit « LA TRIBUNE de Despentes n’est pas féministe », et c’est bien sur cette tribune que nous nous appuyons pour émettre une critique. Cela n’empêche que, encore une fois, la personne qui écrit ici connait bien le travail de cette autrice, merci de faire attention à la condescendance et aux présuppositions arrangeantes. De même, nous reconnaissons évidemment les qualités de ce texte et sa capacité de fédération. D’ailleurs, on n’a jamais dit le contraire.

Il n’est en aucun cas question de diviser ou d’opposer, bien au contraire : il s’agit de réfléchir collectivement à la forme de la lutte, à la construction de nos revendications, afin de les rendre les plus inclusives et rigoureuses possibles.
 
Faire une critique de cette tribune, c’est mettre en valeur des points importants sur lesquels nous pensons qu’il devrait y avoir débat, ce n’est pas condamner ni l’autrice, ni les personnes qui ont aimé cette tribune, ce n’est pas tout ou rien. Si on ne peut pas critiquer, on ne peut pas avancer collectivement.
 
Avant tout : NON, le féminisme n’est pas soluble dans la lutte des classes, ça a largement été prouvé. On postule qu’affirmer le contraire arrange bien plusieurs personnes, qui n’ont dans ce cas pas à considérer leur position de dominant, option donner des leçons de féminisme aux meufs. Pratique.

Cette tribune n’est donc, à notre sens, pas féministe, pour les raisons que nous avons déjà évoquées et que certain.e.s ont développé ici. Déjà parce qu’elle n’inclut pas le discours très fort et courageux d’une femme noire, Aïssa Maïga, qui n’est pas un oubli anodin puisque Virginie Despentes insiste sur la passivité du public. Elle réussit à faire un impressionnant grand écart entre Polanski et le 49.3, mais ignore le discours le plus audacieux de la cérémonie ? Les féministes blanches ont la responsabilité d’essayer de ne pas participer à l’invisibilisation des femmes noires.

Le second souci vient pour nous de son amalgame entre violences sexuelles et pouvoir économique, qui est une confusion dangereuse car ne permet pas de comprendre les dynamiques de domination sur lesquelles s’appuient les violeurs, des agresseurs qui ne sont pas, pour la plupart, des Polanski, mais des gens comme tout le monde. Dans les cas de violences sexuelles, les biais de classe dans les condamnations sont faibles (mise à jour : il y a bien une surreprésentation des classes défavorisées dans les condamnations juridiques pour violences sexuelles, qui n’est pas représentative de la réalité des des délits mais correspond aux chiffres globaux de la justice). Ce qui compte ici, c’est la classe de genre, c’est l’impunité de la violence masculine. Se focaliser sur le pouvoir économique de Polanski et du monde du cinéma c’est encore altériser l’agresseur, c’est permettre de ne pas reconnaitre que c’est un problème d’ampleur qui touche l’intégralité des classes sociales.

Enfin, il y a plusieurs phrases qui semblent étranges dans une perspective féministe : « Il serait inutile et déplacé, dans un commentaire sur cette cérémonie, de séparer les corps de cis mecs aux corps de cis meufs. Je ne vois aucune différence de comportements. », « Quand Foresti se permet de quitter la fête et de se déclarer «écœurée», elle ne le fait pas en tant que meuf – elle le fait en tant qu’individu qui prend le risque de se mettre la profession à dos. », « La différence ne se situe pas entre les hommes et les femmes, mais entre dominés et dominants, entre ceux qui entendent confisquer la narration et imposer leurs décisions et ceux qui vont se lever et se casser en gueulant. ».

Dans ces extraits, la dépolitisation du genre est tellement flagrante qu’elle en vient à des affirmations plutôt osées : qu’est-ce qui lui permet d’affirmer que le genre de Foresti ne compte pas ? Son geste n’est pas plutôt à lire justement parce que, en tant que femme, elle aussi a subi la violence de cette nomination ? De même, si c’est bien une question de violences patriarcales, comme l’affirmerait une lecture féministe de l’évènement, pourquoi insister sur le fait qu’il ne s’agisse pas d’une différence entre hommes et femmes ? Si elle voulait vraiment englober l’ensemble des « dominés », où est passée Aïssa Maïga ? Nous savons très bien qui « confisque la narration » et qui « se lève et se casse en gueulant ».
 
Nous espérons pouvoir continuer à discuter sur ses points qui nous semblent importants, mais nous appelons à le faire dans le respect, y compris celui des membres du collectif.
 
Nous constatons cependant que le féminisme blanc n’est pas près d’avoir un regard réflexif sur ses grandes idoles : les réactions ici sont épidermiques, parce qu’il s’agit de Virginie Despentes et qu’elle est devenue une sorte d’icône. Ce même texte, publié comme un billet de blog par une inconnue, aurait probablement eu des retours beaucoup plus critiques et serait resté un billet de blog."