Municipales : 53% pour Piolle... ou 19,4% ?

01/07/2020

53% pour la liste menée par Éric Piolle. C'est le chiffre martelé par les médias le soir du second tour des élections municipales, pour mettre en avant la victoire "écrasante" du maire sortant.

Une victoire "écrasante", vraiment ? Comparée aux autres candidat-e-s, oui, c'est une grande victoire politique. Mais si on se plongeait un peu plus précisément dans les chiffres ?

Mettons de côté le second tour des élections, étant donné le niveau record d'abstention, et concentrons-nous sur le premier tour, à notre avis plus significatif de l'électorat.

En 2014, la liste portée par Éric Piolle avait réuni 12 759 voix au premier tour (15% des Grenoblois-es inscrit-e-s sur les listes électorales), 19 677 au second tour (23,2% des inscrit-e-s).

En 2020, elle réunit 16 766 voix au premier tour (19,4% des inscrit-e-s) et 16 169 au second tour.

On observe donc une progression par rapport au premier tour de 2014, mais elle n'est pas énorme.

La grande différence, c'est l'impressionnant niveau d'abstention : 49 960 Grenoblois-es inscrit-e-s sur les listes n'ont pas voté au premier tour, soit près de 58 % de l'électorat, et 64% au second tour.

En 2014, l'abstention était également très importante : plus de 40 000 Grenoblois-es au premier tour (près de 48% de l'électorat) et près de 35 000 au second tour (41%).

Dans ce contexte d'abstention énorme, au lieu de titrer "53% pour Piolle", il serait plus honnête de titrer "19,4% pour Piolle", pour mettre en évidence l'ampleur de l'abstention et le faible niveau de représentativité des élu-e-s accédant au pouvoir.

Ces considérations valent également pour les autres listes. La liste Carignon ne représente ainsi que 8,2% des inscrit-e-s, les listes Chalas et Noblecourt même pas 6% chacune.

Et si nous prenons également en compte toutes les personnes non inscrites sur les listes électorales et les personnes étrangères qui vivent à Grenoble mais n'ont pas le droit de vote, ces pourcentages baissent encore...

Cette réalité n'enlève rien au fait que la liste menée par Éric Piolle a largement devancé les autres listes. Mais elle pose de profondes questions politiques : comment expliquer ce très haut niveau d'abstention ? Est-ce légitime qu'une liste qui ne réunit qu'un cinquième de l'électorat concentre la quasi-totalité des pouvoirs ? Si la population était obligée de voter, les résultats seraient-ils différents ? Quel est le sens d'une démocratie "représentative" quand de moins en moins de personnes participent aux élections ?

Pour étudier les chiffres en détail, voici les résultats de 2020 et les résultats de 2014.