Plan d'urgence hivernal Isère : Derrière les discours, la réalité

29/12/2020

Le Collectif Lutte Hébergement Grenoble vient de publier un communiqué sur la situation accablante dans les centres d'hébergement d'urgence à Grenoble et en Isère :

"En Isère au coeur de l'hiver, les associations de soutien aux personnes vivant en centre d'hébergement constatent des conditions de vie imposées aux personnes hébergées déplorables, au niveau de l'accompagnement, de l'alimentation, des conditions d'hygiène, de l'accès aux services publics.

Le plan hivernal de la préfecture de l'Isère annoncé début novembre déclarait l'ouverture de 700 places pour l'hiver 2020-2021, dont « 681 places sont d'ores et déjà trouvées via la mobilisation d'hôtels, de mobiles homes et autres bâtis existants ». Un mois plus tard, les associations de soutien aux personnes vivant en centre d'hébergement constatent :

Une grande partie (env 30%) des places sont laissées vides alors que de nombreuses personnes dorment toujours à la rue, y compris des familles avec enfants. La préfecture de l'Isère a d'ailleurs été condamnée par le tribunal administratif le 16 novembre 2020 pour avoir expulsé une famille avec 7 enfants à la rue et refuser de les héberger

Les conditions de vie imposées aux personnes hébergées restent déplorables, tant au niveau de l'accompagnement, de l'alimentation, des conditions d'hygiène, de l'accès aux services publics.

Les chèques services non distribués aux familles

Le ministère chargé de la Ville et du Logement avait mis en place un dispositif exceptionnel de distribution de chèques services. Ces chèques d'un montant de 7 euros avaient pour objectif de permettre « l'accès aux besoins de première nécessité pour celles et ceux qui sont à la rue ou en centres d'hébergement et qui n'ont plus rien. Cette action de l'État sera complémentaire aux actions solidaires déjà menées par les collectivités territoriales et les associations. »

Aujourd'hui nous constatons que les chèques ne sont plus distribués aux familles sur décision de la DDCS arguant une mauvaise utilisation des chèques par les personnes, depuis lors laissées sans aucune ressource. Pire encore, l'association Ajhiralp n'a jamais distribué les chèques depuis le début du dispositif, prétendant mieux connaître leurs besoins. Dès lors comment expliquer les manquements ci-dessous ?

Un manque crucial de nourriture

Alors que les familles ne disposent plus d'aucune ressource pour accéder à l'alimentation, la distribution alimentaire est largement insuffisante au niveau quantitatif et qualitatif :

- Barquettes en quantité insuffisante (10 barquettes distribuées pour 60 personnes pour 2 jours à l'hôtel Gallia)

- Du lait maternel distribué irrégulièrement dans les centres et en faible quantité.

- Pas de fruits et de légumes frais, donc aucun accès à des vitamines pour de nombreux enfants et personnes vulnérables ce qui a conduit à plusieurs hospitalisations

-  Un choix réduit ne prenant pas en compte les habitudes alimentaires, les régimes particuliers, les convictions religieuses

Des conditions sanitaires indignes

Encore une fois, alors que les familles sont sans ressources suite à la disparition des chèques, il manque aujourd'hui dans les centres des produits d'hygiène de base, des couches pour bébés (non distribuées par les restos bébés du coeur après les 1 an de l'enfant), l'accès à une machine à laver. Dans certains centres, le papier WC n'est plus distribué, ou le choix est laissé aux familles entre du savon et des protections menstruelles !

Un accès aux droits perpétuellement entravé

L'isolement géographique de plusieurs centres (Voreppe, Pont de Claix), et le déménagement forcé et régulier de nombreuses familles rendent très difficile l'accès à l'école et aux guichets de services publics.

A Voreppe, les familles mettent 1h30 (dont 30 minutes à pied sur le bord d'une nationale) pour se rendre à l'école et au moindre rendez-vous médical ou administratif. Privées de ressource pour payer les transports publics ou d'abonnement préférentiel, les personnes accumulent chaque jour plus d'amendes.

Par ailleurs, les associations hébergeuses qui jusqu'à présent étaient censées assurer exclusivement le suivi social, se sont déchargées officiellement de cette mission le mois dernier. Pour autant le suivi n'est pas effectué par les SLS et le SILEF du département qui sont en manque de moyens priorisent les familles déjà accompagnées avant leur hébergement. Quid de l'accompagnement social pour toutes les autres familles, ballottées d'une administration à l?autre ?

Dans cette situation critique, les équipes de travailleurs sociaux n'ont absolument pas les moyens de faire leur travail en respectant l'éthique de leur métier.

"Veiller aux plus fragiles d'entre nous est aussi un devoir citoyen." nous assène la préfecture le 4/11/2020, mais qu'en est-il du devoir de l'état pour proposer enfin un accueil digne ?

Signataires :

Collectif Lutte Hébergement Grenoble, AG du travail social en lutte de Grenoble, RUSF38, Village 2 Santé, Coordination Iséroise de Soutien aux étrangers et Migrant.e.s, DAL 38, RESF 38"

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Pour rappel, voici le précédent communiqué inter-associatif sur la situation accablante dans les centres d'hébergement hivernaux de l'agglomération grenobloise, 23 jours après le début du confinement :


"Trois semaines de confinement : la situation sanitaire et sociale des personnes sans-abris reste catastrophique à Grenoble et en Isère.

Des collectifs et associations passent depuis plusieurs années dans les centres d'hébergement hivernaux et constatent chaque année une dégradation des conditions d'hébergement dont la précarité reste la règle.

Dans le contexte de crise sanitaire, cette situation est d'autant plus inquiétante. Si quelques maigres améliorations ont pu être obtenues dans les centres d'hébergement d'urgence depuis le début du confinement, suite à la mobilisation des personnes concernées, des collectifs et des associations de soutien ; les conditions d'hébergement restent indignes et dangereuses, tandis que des milliers de personnes demeurent à la rue en Isère.

Depuis deux semaines, trop peu de changements :

- Les distributions alimentaires sont encore insuffisantes en quantité, ou bien non adaptées aux régimes spécifiques (allergies, diabète, cancers, etc). En raison du confinement, les aides alimentaires habituelles sont remplacées par des livraisons de barquettes uniquement, ne pouvant répondre aux besoins des personnes. En même temps, dans certains centres d'hébergement, l'accès à une cuisine est restreint ou bien inexistant. Par exemple à Voreppe, pour 45 familles, il n'y a qu'un seul frigo et 4 plaques chauffantes, accessibles seulement deux fois par semaine (hébergement géré par l'Ajhiralp ? ex AREPI). Il est inadmissible que des personnes n'aient pas la possibilité de manger à leur faim et selon leurs besoins.

- La situation sanitaire demeure quasiment inchangée. Les douches, les toilettes, les machines à laver sont en nombre insuffisant, voire complètement absents (alors que la plupart des lieux publics donnant accès à l'hygiène ont fermé depuis le confinement). Les sanitaires sont généralement dans un état indécent. Certains lieux n'ont toujours pas reçu de produits d'hygiène de base, tel que du savon, ou du produit vaisselle, notamment au Brit hôtel à Grenoble (hébergement géré l'Entraide-Pierre Valdo). Nous dénonçons ces conditions d'hygiène dangereuses, tout particulièrement en période de crise sanitaire.

- En ce qui concerne la « continuité pédagogique », les enfants des centres d'hébergement sont laissé-e-s pour compte, sans ordinateur, ni  internet, ni  imprimante. Aucun cahier, stylo ou matériel scolaire ne leur a été distribué par les associations gestionnaires. Cela met en lumière une inégalité criante dans l'accès à l'éducation, aggravée par les conditions de confinement.

- La possibilité de s'informer devient une nécessité quand le gouvernement annonce chaque semaine de nouvelles mesures impactant le quotidien de chacun.e. Or les personnes hébergées ont un accès très limité à l'information. La situation de confinement rend impossible la communication avec l'extérieur. Lorsqu'en plus on ne dispose pas d'un accès à internet, source d'information, de distraction et de communication avec ses proches, cela devient vite invivable. L'isolement se fait de plus en plus profond au sein des structures d'hébergement.

Nous avons appris avec effroi cette semaine que l'approvisionnement en lait en poudre pour les nourrissons est stoppé depuis plusieurs semaines (entre autre au centre d'hébergement de Voreppe où les hébergé-e-s étaient en quarantaine et ne pouvait donc pas sortir se fournir à l'extérieur). Ce qui signifie que plusieurs dizaines de bébés n'ont pas pu manger à leur faim et ce, depuis le début du confinement ! De plus, l'approvisionnement en couches est insuffisant voir inexistant. Il est inconcevable que des nourrissons n'ait pas accès à l'alimentation nécessaire à leur survie : cette situation dramatique doit cesser immédiatement.

Face à cela, quelle est la réponse de l'État ? La préfecture annonce l'ouverture cette semaine d'un centre pour les personnes sans-abris souffrant du covid-19, dans un lieu qui était, avant le confinement, un centre d'hébergement hivernal. Les familles hébergées là-bas, ont donc été déplacées dans des chambres d'hôtel où les conditions de vie sont difficiles et inadaptées au contexte de confinement. Et ceci, au lieu de réquisitionner un des nombreux bâtiments vides présents sur l'agglomération grenobloise, comme la préfecture en a la possibilité. Elle préfère attendre que les personnes soient malades pour les parquer dans des centres de quarantaine, au lieu d'améliorer les conditions d?hébergements et de loger les personnes à la rue. Les conditions d'hébergement dans les centres et hôtels rendent tout simplement impossibles le respect des mesures recommandées pour prévenir la propagation du virus. Cela entraîne un affaiblissement de la capacité à faire face efficacement à la pandémie d'une part et révèle un sacrifice des plus précaires d'autre part.

De son côté, le CCAS (centre communal d'action sociale) de Grenoble organise de rares  distributions de nourriture : seulement deux fois par semaine. Pour une ville de cette envergure, et se revendiquant « solidaire », c'est tout simplement honteux. A chaque distribution, ce sont des centaines de personnes qui attendent, plusieurs heures, encadrées par la police municipale, pour un colis de quantité aléatoire. Les personnes qui y viennent doivent parfois traverser toute la ville pour s'y rendre. Ces distributions sont insuffisantes, elles doivent être renforcées et réparties sur l'ensemble de la ville.

Des solutions existent pour mettre à l'abri toutes les personnes à la rue. La métropole, et les communes ont des leviers qui permettrait de réquisitionner où mettre à disposition les milliers de logements vides qui existent sur le territoire. Les logements vides des bailleurs sociaux, par exemple, comme ceux présidés par la ville de Grenoble (ACTIS et Grenoble Habitat), ceux de l?EPFL (dont la présidente, Christine Garnier, est élue de la ville de Grenoble). Refuser d'agir alors que de nombreuses personnes continuent de vivre à la rue en période de crise sanitaire est scandaleux. La ville de Grenoble qui travaille son image de ville solidaire doit prendre ses responsabilités.

Le gouvernement nous parle de guerre et d'unité nationale, mais nous ne sommes pas dupes et nous savons que l'unité nationale est au service du capitalisme et que la guerre se fait contre les pauvres.

Nous n'oublions pas que nous ne sommes pas égaux face au confinement.

Nous faisons appel  à la solidarité de tou.te.s pour faire connaître ces situations invisibilisées et soutenir les personnes hébergées. Un appel à dons a déjà été lancé par l'association RUSF 38, que vous pouvez retrouver ici.

Contact : lutte-hebergement-grenoble@riseup.net Tél : 07 53 91 18 74

Mardi 7 avril

Premiers signataires : Lutte Hébergement Grenoble,  DAL 38, RUSF 38, CISEM, collectif des soudanais de grenoble, Ecole ici et maintenant, l'ouvre porte, CNT 38, solidaire 38, AG du travail social 38"

Pour plus d'infos : lutte-hebergement-grenoble (at) riseup.net ou 07 53 91 18 74

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Pour rappel, voici le précédent communiqué inter-associatif sur la situation accablante dans les centres d'hébergement hivernaux de l'agglomération grenobloise, une semaine après le début du confinement :

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Voici l'appel à dons mentionné dans le communiqué :

"Bonjour,

En cette période exceptionnelle de confinement, les personnes les plus précaires sont particulièrement en difficulté. Les habitants du Patio, comme ceux d’autres lieux de l’agglomération, ont d’autant plus besoin de produits d’hygiène qu’ils vivent nombreux dans des locaux trop exigus. Ils ont aussi besoin d’aide pour la nourriture et parfois les vêtements, les lieux classiques d’aide aux plus démunis étant fermés.

Pour ne pas aller à l’encontre des principes de sécurité énoncés par le gouvernement, plutôt que de vous demander d’apporter des produits, nous vous proposons de participer sous forme de dons, qui nous permettront de faire des courses en fonction des besoins de chaque lieu que nous pourrons aider, et de les leur apporter, en respectant nous-mêmes les conseils de prudence.

Pour celleux qui souhaiteraient apporter leur aide, vous pouvez envoyer vos dons par virement sur le compte du RUSF :

Intitulé du compte : Les ami.e.s du RUSF38

IBAN : FR76 4255 9100 0008 0233 0477 983

en indiquant dans les motifs DON AU RUSF38.

Vous pouvez envoyer en parallèle un mail à rusf38@gresille.org, avec pour titre DON, pour nous indiquer votre virement, son montant, et que vous souhaitez une attestation qui vous permettra de déclarer le don aux impôts (déductible à 66%).
Vous ajouterez à votre mail votre nom, prénom, et adresse complète afin que nous puissions vous la faire parvenir.

Veuillez aussi indiquer si vous souhaitez être inscrit.e à la newsletter du RUSF 38 (peu de publi à l’année, mais peut-être un peu plus pendant le confinement)

Merci par avance pour votre engagement.

Le RUSF38 (Réseau Universités Sans Frontières)"