Compteurs Linky : Des batailles gagnées, la guerre perdue ?

06/02/2021

Le média Reporterre vient de faire le point sur le déploiement des nouveaux compteurs électriques Linky. Selon Enedis, 30 millions de Linky ont déjà été installés sur les 35 millions prévus d'ici fin 2021.

Les résistances restent cependant vives un peu partout en France, avec près de 1000 communes refusant officiellement ce compteur, et probablement plusieurs centaines de milliers de personnes empêchant la pose du Linky chez elles.

Rappelons qu'il est légalement possible de refuser l'installation du Linky. Les procédures à suivre sont par exemple détaillées sur le site internet animé par le militant antinucléaire Stéphane Lhomme.

Parmi les vives critiques contre Linky, celles liées à l’usage et à la protection des données personnelles tiennent une place centrale. Que va faire Enedis des données collectées ? L’entreprise est-elle claire au sujet du respect de la vie privée des foyers ?

Pour faire le point à partir d'éléments précis, le média Reporterre a publié une enquête passionnante : Linky, le compteur qui observe la vie privée des gens.

Pour découvrir cet article, c'est ici.

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Vous n'avez jamais entendu parler du Linky et des raisons de le refuser ?

Contrairement aux anciens compteurs électriques, les nouveaux compteurs Enedis (ex ERDF) Linky sont équipés d'un système électronique permettant à Enedis d'effectuer de nombreuses opérations à distance, sans qu'un technicien ait besoin de venir sur place : effectuer les relevés de consommation, modifier un abonnement, moduler l'approvisionnement en électricité en fonction des heures, couper le courant d'un foyer, détecter plus facilement les fraudes, etc.

Le transfert des informations entre Enedis et le compteur Linky se fait par les câbles électriques, sans onde radio, au moyen d'un boîtier électronique.

Ces nouveaux compteurs suscitent une vive opposition. Plus de 950 communes françaises refusent déjà Linky, dont Saint-Nizier, Eybens, Réaumont et Luzinay en Isère.

À Saint-Martin-d'Hères, à Pont-de-Claix, à Fontaine, des habitant-e-s s'organisent pour empêcher les techniciens d'Enedis d'installer le nouveau compteur chez eux. Un collectif, Grenoble-anti-Linky, s'est constitué pour informer la population et organiser une résistance à l'échelle de la Métropole.

Pourquoi ce refus ? Voici une synthèse de cinq arguments anti-Linky relevés dans les médias locaux et nationaux, dont un dossier spécial du journal Le Postillon.

1. Linky va créer du chômage. De nombreuses opérations comme la relève des compteurs ou les coupures d'électricité se feront désormais à distance, ce qui va entrainer la suppression de milliers d'emplois. Même le directeur régional d'Enedis (ex ERDF) le reconnaît : "Oui, il y aura des suppressions d'emploi au terme du projet." (Dauphiné Libéré, 13/03/16)

2. Linky est un nouveau système de surveillance. Ce compteur peut permettre à Enedis de savoir si une personne est présente à son domicile et quels appareils elle utilise. Toutes ces données pourront être vendues dans un but commercial ou récupérées à des fins de surveillance. C'est un outil policier supplémentaire qui, aux mains d'un futur État totalitaire ou d'organisations mal intentionnées, est potentiellement liberticide.

3. Linky est un gaspillage écologique. Linky est présenté comme un outil de ''transition énergétique''. Pourtant, les compteurs actuels ont une durée de vie de l'ordre de 50 à 60 ans, contre 10 à 20 ans pour les compteurs Linky. Les Linky consomment par ailleurs cinq à dix fois plus d'énergie que les compteurs actuels, du fait de leur système électronique. Si on ajoute à cela le coût environnemental et énergétique de fabrication de ces compteurs complexes, mais également l'énergie consommée par les centres de données numériques, on obtient un très mauvais bilan énergétique.

Par ailleurs, Linky est présenté comme une innovation permettant de consulter sa consommation en temps réel, et donc de mieux la maîtriser. Or a-t-on vraiment besoin d'un compteur électronique pour faire des économies d'énergie, par exemple savoir qu'un radiateur électrique consomme beaucoup ou qu'il ne faut pas laisser des appareils en veille ?

4. Linky coûte trop cher. Le coût d'installation des 35 millions de compteurs Linky dépasse les cinq milliards d'euros. Est-ce vraiment l'urgence du moment, étant données les crises sociales et économiques en France ? Pourquoi une telle dépense alors que les compteurs actuels fonctionnent bien ? Le coût d'installation sera par ailleurs progressivement reporté sur la facture des consommateurs, quoi qu'en dise actuellement Enedis.

5. Linky a été décidé sans débat démocratique. La décision d'équiper toute la France avec ce nouveau compteur électronique d'ici 2021 a été prise par le gouvernement sans débat parlementaire approfondi, sans consultation de la population. La grande majorité des Français-es n'a pas accès à des informations critiques sur Linky, elle ne peut donc pas se positionner pour ou contre ce compteur.

[PS : ici Grenoble n'a pas relevé les arguments dénonçant les effets possibles de Linky sur la santé. Les ondes électromagnétiques générées par ce compteur et ses installations nous semblent bien plus faibles et bien moins dangereuses que celles des téléphones portables, malheureusement massivement utilisés et rarement dénoncés. Il nous faut étudier la question de plus près. Affaire à suivre...]

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Le saviez-vous ? Le 21 mars 2018, un habitant de Pont-de-Claix a obtenu gain de cause dans sa lutte contre le nouveau compteur électrique Linky. Face à la ténacité de l'opposant, Enedis a finalement réinstallé un ancien modèle de compteur.

Voici les quatre épisodes de cette lutte victorieuse :

1. En 2016, Julien Martin, locataire dans un HLM à Pont-de-Claix, décide de refuser l'installation du nouveau compteur électrique Linky. Pour empêcher l'intervention de l'entreprise Enedis, il verrouille le placard de son ancien compteur électrique.

2. Sans tenir compte du refus de Julien Martin, les techniciens d'Enedis installent le nouveau compteur Linky au-dessus du placard et déconnectent l'ancien compteur.

3. En février 2017, avec l'aide du collectif Grenoble-anti-Linky, Julien Martin déconnecte à son tour le compteur Linky et rebranche un ancien modèle de compteur (pour savoir comment mener cette opération délicate, c'est ici). Quelques jours plus tard, le collectif anti-Linky vient rapporter le compteur Linky au président de la Métro Christophe Ferrari, également maire de Pont-de-Claix.

4. Après plusieurs tentatives d'intimidation et de menaces de procès, Enedis a finalement réinstallé un ancien modèle de compteur chez Julien Martin, le 21 mars 2018. Une trentaine de militant-e-s anti-Linky étaient présent-e-s pour l'occasion.