Interview : Quel smog électromagnétique à Grenoble ?

15/02/2021

Acouphènes, maux de tête, peau irritée... Depuis le déploiement de la 5G à Grenoble, vous vous demandez si vos symptômes pourraient être liés à une surexposition aux ondes électromagnétiques ?

En 2020, le chercheur grenoblois Marco Congedo découvre deux antennes relais de téléphonie mobile juste en face de son appartement. C'est le point de départ d'une prise de conscience et de recherches sur les effets des ondes sur la santé, ce qu'il va nous raconter dans l'interview publiée ci-dessous.

Avec le déploiement de la 5G à Grenoble, si vous vous posez des questions sur l'intensité des ondes électromagnétiques dans votre domicile ou sur votre lieu de travail, cette interview est faite pour vous.

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ici Grenoble : Pourquoi et comment avez-vous commencé à mesurer l'intensité des ondes électromagnétiques à Grenoble ?

Marco Congedo : En 2015, j’ai acheté un bel appartement rue Thiers, en hauteur, avec vue sur la Bastille. Depuis, ma santé n'a fait que se dégrader : problèmes aux yeux, à la peau, au cœur, aux oreilles, à l’estomac… Et puis, pendant le premier confinement, j'étais bloqué chez moi, en télétravail. Ma condition s’est nettement empirée. J’ai notamment passé des jours entiers avec de forts acouphènes.

Après une discussion avec une amie sur la 5G, par curiosité, j’ai cherché sur internet l’emplacement des antennes relais à proximité de mon appartement. J’ai alors découvert deux antennes juste en face de chez moi, à 35 mètres environ, sur le toit des immeubles du 38 et 42 rue Thiers. Puis deux autres antennes à environ 100 et 150 mètres sur le cours Jean Jaurès.

Vous n'aviez jamais vu les deux antennes en face de chez vous ?

Non, car elles sont dissimulées sous forme de poteau et de fausse conduite de cheminée. J’ai acheté des appareils de mesure et j’ai constaté, avec horreur, un niveau d’exposition aux ondes électromagnétiques aberrant : 10 à 15 V/m en moyenne. Cela représente environ un demi W/m², 24h/24h, 7j/7j. Et il ne s'agit que de valeurs moyennes : les valeurs de crête sont bien plus importantes. L’étude de la littérature scientifique sur le sujet m’a ensuite permis de faire le lien entre mes symptômes et la surexposition à laquelle j’ai été soumis, malgré moi, pendant des années.

Quels appareils de mesure utilisez-vous ?

Un Latnex AF-3500 et deux appareils Gigahertz Solutions, le HF 38B et HWW 35C. Le premier appareil mesure entre 50 MHz et 3.5 GHz avec une antenne non-directionnelle. Il sert à évaluer la pollution électromagnétique générale.

Le deuxième appareil mesure entre 700 MHz et 2.7 GHz, le troisième entre 2.4 GHz et 6 GHz. Tous les deux utilisent une antenne directionnelle : ils permettent de repérer les points d’entrée des ondes si l’on veut se protéger en utilisant du matériel approprié qui réfléchit les ondes électromagnétiques (peinture, rideaux, etc).

J'utilise aussi un EMFields AM-11, appareil connu pour être très fiable, et un analyseur de spectre portatif pour des analyses plus fines.

Que dit précisément la réglementation concernant les ondes électromagnétiques ?

La France est actuellement l’un des pays qui a adopté les limites les plus permissives au monde : entre 28 et 61 V/m selon la fréquence. Il s’agit de limites énormes. Ils ne prennent pas en compte les effets sur la santé sur le long terme, effets désormais bien documentés dans la littérature scientifique.

Il y a aussi une loi de 2015, dite loi "Abeille", qui introduit un objectif de qualité, actuellement fixé à 6 V/m. Il est possible de demander une mesure à l’Agence nationale des fréquences (ANFR). Si le seuil est dépassé pour cause d’antennes mobiles, les opérateurs concernés disposent de six mois pour obtempérer au seuil.

Les opérateurs respectent-ils cette obligation ?

Pas systématiquement. Le problème est que l’écrasante majorité des personnes qui se trouvent dans une situation de surexposition ne sont pas au courant.

Comment savoir si c'est le cas chez soi ?

La première chose à faire, c’est de vérifier l’emplacement des antennes relais à proximité de son habitation sur les sites CartoRadio (cliquer sur le bouton "antennes") et Antennes Mobiles.

Quels conseils et "services" proposez-vous aux personnes qui se questionnent sur l'intensité des ondes électromagnétiques dans leur habitat ou sur leur lieu de travail ?

J’ai publié deux vidéos qui expliquent les principaux enjeux liés à la téléphonie mobile : Ce qu'il faut savoir sur le téléphonie mobile épisode 1 et épisode 2. Attention, il s’agit de documents complexes qui demandent pas mal d’attention. S'il y a d’autres questions, je réponds par mail à l’adresse mesuresEM.grenoble (at) gmail.com.

Je me rends aussi chez les personnes les plus démunies sur Grenoble, pour effectuer des mesures avec mes appareils si besoin.

Quelles sont les démarches juridiques possibles lorsque la réglementation n'est pas respectée ?

Une fois que l’ANFR a mandaté une mesure et constaté le dépassement du seuil de 6V/m, la procédure pour résorber le "point atypique" est déclenchée automatiquement. Après, la question est d’exiger le respect de la loi Abeille si les opérateurs refusent d’agir.

Avez-vous obtenu "gain de cause" dans votre cas personnel ?

Non, je n’ai rien encore obtenu dans mon cas. Les 6 mois réglementaires se terminent en février 2021. À ce jour, le niveau d’exposition chez moi n’a pas baissé. Au contraire, l’ANFR a récemment autorisé l’installation d’antennes 5G pas loin de chez moi !

Mais le problème n’est pas seulement le mien. Beaucoup d’appartements dans le secteur de la rue Thiers, du 38 au 54 environ, sont concernés. Et pas tous de la même façon. La situation est identique dans d’autres secteurs de Grenoble, comme ailleurs en France et dans le monde.

Comment faites-vous pour vous protéger des ondes ?

Pour diminuer l'intensité des ondes, j'ai équipé mon appartement de technologies spécifiques, avec des revêtements et des rideaux spéciaux.

Avez-vous des craintes suite au déploiement de la 5G dans l'agglomération ?

Oui. L’ajout de ces antennes augmentera ultérieurement la pollution électromagnétique générale. Et ce d’autant plus que la 5G utilisera, en plus des antennes sur les toits et sur les pilones, de nouveaux types d’antennes : des millions de toutes petites antennes qu’on pourra retrouver, par exemple, sur les abribus ou dans les éclairages de rue. Et aussi de grandes antennes, qu’on ne pourra pas voir même en cherchant bien, car il s’agira de dizaines de milliers de satellites.

A-t-on une idée des effets sur la santé des ondes émises par la technologie 5G ?

Les fréquences cœurs de la 5G (3.49 GHz - 3.8 GHz en France) n’ont jamais été irradiées de façon massive, et les antennes 5G utilisent des technologies nouvelles. Du coup, on ne sait rien sur les effets des antennes 5G. Ça ne m’étonnerait pas que sur Grenoble, depuis quelques semaines, des gens ressentent des symptômes bizarres.

Y-a-t-il d'autres questions que vous souhaiteriez que l'on vous pose sur votre démarche ?

Il y en a plein, mais il faudrait beaucoup de temps pour répondre ! Il y a énormément de désinformation sur les ondes électromagnétiques. Les gens ont en général une perception très naïve à propos de la grosse industrie et de certains pouvoirs publics. Un bon point de départ, pour celles et ceux qui s'intéressent aux ondes, ce sont les deux vidéos que j’ai réalisé.

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Sur les effets des ondes électromagnétiques, ici Grenoble vous recommande également notre interview de Marie Milesi, co-autrice du livre La pollution électromagnétique, éditions Terre Vivante, 2018 :

ici Grenoble : Les effets des champs électromagnétiques sur la santé font régulièrement polémique dans les médias. On entend souvent tout et son contraire. Pourquoi tant de confusions ?

Marie Milesi : L'impact des champs électromagnétiques (CEM) en basse fréquence est connu depuis les années 1930. On sait notamment le lien entre les leucémies infantiles et les lignes à très haute tension. En revanche, les effets des CEM en haute fréquence sont plus controversés. Quels sont les effets de la 3G, de la 4G, du wifi, des compteurs communicants et des objets connectés sur notre santé ? C'est notre question de départ.

De fait, beaucoup d'études indépendantes attestent des effets des CEM sur le vivant, à diverses échelles : des études in vitro (sur des cellules de culture), des études in vivo (sur des animaux de laboratoire) et des études épidémiologiques (sur de larges échantillons représentatifs de populations, sur des périodes plus ou moins longues).

Le problème, c'est que les études qui montrent des effets sur le vivant sont "noyées" parmi d'innombrables autres études financées par l'industrie des télécommunications, qui disent : "Il n'est pas certain qu'il y ait vraiment des effets. Il faudrait faire d'autres études."

À partir de quelles sources scientifiques avez-vous travaillé ?

Nous nous sommes principalement appuyés sur des études indépendantes, notamment sur le Rapport Bioinitiative. Ce rapport est paru pour la première fois en 2007, il est régulièrement mis à jour depuis. Il est réalisé par 29 chercheurs renommés, de plusieurs nationalités.

En quoi consistent leurs travaux ?

Le Rapport Bioinitiative recense et synthétise plus de 1800 études indépendantes sur les effets biologiques des CEM. Ces études montrent que les CEM ont des conséquences sur le vivant à toutes les échelles : au niveau moléculaire, cellulaire, au niveau de l'ADN, au niveau de la production d'ATP (l'énergie utilisable par le corps), au sein des mitochondries dans nos cellules, au niveau des tissus (les tissus nerveux en particulier), au niveau de la barrière hémato-encéphalique, au niveau des corps en développement (foetus, enfants), au niveau de la fertilité, au niveau des systèmes nerveux et endocrinien, etc.

Pour comprendre ces effets complexes, notre livre présente le fonctionnement normal du corps humain, puis les diverses manières dont les CEM peuvent affecter le fonctionnement de telle ou telle partie du corps, à telle ou telle échelle. Nous n'avons rien inventé. Nous avons fait la synthèse d'articles issus de recherches indépendantes, publiés dans des revues scientifiques avec des comités de lecture.

À l'ère du triomphe des smartphones, des objets connectés, du wifi et bientôt de la 5G, que pensez-vous de la législation sur les CEM en France ?

La législation française s'appuie sur une recommandation du Conseil européen de 1999, relative à l'exposition du public aux champs électromagnétiques de 0 à 300 Ghz. Depuis 2002 en France, les limites sont de 41 V/m, 58 V/m et 61 V/m pour les fréquences de 900 Mhz, 1800 Mhz et 2100 Mhz. C'est énorme.

Pourquoi est-ce énorme ?

La loi s'appuie sur une croyance qui voudrait que les CEM n'entraînent des effets sur le vivant qu'à partir du moment où il y a un échauffement des tissus : c'est "l'effet thermique". Or il y a des effets bien en deçà du niveau de rayonnement nécessaire pour augmenter la température !

Par exemple ?

Lorsque nous sommes exposé-e-s à de faibles niveaux de rayonnement, on note sur nos corps des effets "athermiques" : le corps fabrique des protéines de stress, subit des cassures d'ADN et voit baisser sa production d'ATP. L'ATP est une énergie utilisée par le corps pour toutes ses fonctions. Elle est synthétisée au sein de nos cellules dans les mitochondries. Certains organes comme le coeur et le cerveau sont très gourmands d'ATP.

Pour le dire autrement, face aux rayonnements haute fréquence, notre corps se met en état de stress, ce qui perturbe son fonctionnement "normal" et entraîne des mécanismes de compensation pour maintenir une certaine homéostasie.

Dans ces conditions, de nombreux chercheurs, associations et quelques personnalités politiques plaident pour un abaissement des seuils d'exposition à 3 V/m, comme c'est déjà le cas en Autriche, et pour que l'on tende vers l'application du 0,6 V/m. Ce seuil est recommandé par le Centre de recherche et d'information indépendant sur les rayonnements électromagnétiques (CRIIREM) et la résolution du conseil de l'Europe du 6 mai 2011.

Pensez-vous que nous sommes face à un scandale sanitaire, ou que les effets des CEM sur la santé restent somme toute relatifs par rapport à d'autres types de pollution (air, eau, pesticides...) ?

Je crains que l'on soit à la veille d'un scandale sanitaire de grande ampleur. Prenons par exemple les résultats de l'étude Hardell, réalisée en Suède en 2013. Selon cette étude, 30 minutes par jour de téléphone portable collé à l'oreille pendant 10 ans augmentent fortement le risque de développer une tumeur maligne du cerveau.

Le risque serait d'autant plus important si l'on a commencé avant l'âge de 20 ans. Or il n'y a qu'à voir le nombre d'enfants dans les collèges qui ont un portable et leur temps d'utilisation pour imaginer ce qui pourrait se passer dans 15 ou 20 ans.

Peut-être le corps humain est-il capable d'adaptation face au smog électromagnétique ?

Effectivement, certains disent que l'être humain saura s'adapter aux changements de son environnement et de son mode de vie. Mais les changements actuels se produisent sur un temps tellement court comparé au temps que met une espèce à évoluer, c'est-à-dire sur plusieurs générations...

Ce qui est sûr, c'est que les industriels des télécommunications ne peuvent garantir l'innocuité de ces technologies, et qu'aucune assurance ne les couvre. Au vu des résultats des études indépendantes menées depuis plus de vingt ans, on pourrait raisonnablement recourir au principe de précaution et bannir ces technologies jusqu'à ce que preuve soit faite de leur innocuité.

C'est la preuve de leur nocivité qui fait débat...

Étant donnée la multiplicité des pollutions auxquelles nous sommes exposé-e-s, on pourra toujours dire que les causes des maladies sont "multifactorielles". On pourra difficilement affirmer que les CEM ou les pesticides sont responsables de nos maladies.

Heureusement, il y a quelques contre-exemples. Certains agriculteurs ont pu prouver le lien entre leur maladie et des pesticides qu'ils épandaient sur leurs cultures. Des personnes électrohypersensibles ont pu prouver le déclenchement de leurs troubles suite à l'arrivée du wifi sur leur lieu de travail. Il y a quelques cas de reconnaissance par la justice à l'étranger.

Quels sont les symptômes de l'électrohypersensibilité ?

L'électrohypersensibilité est connue depuis longtemps. Au départ, ce sont surtout des informaticiens qui ont développés des troubles en lien avec les ondes. L'apparition de ces troubles s'est ensuite propagée à toutes les catégories de la population, à mesure que le niveau d'exposition augmentait un peu partout.

Face aux rayonnements électromagnétiques, le corps voit le fonctionnement de certains organes ou de certains mécanismes perturbés. Mais des mécanismes de compensation se mettent en place et l'on ne se rend généralement compte de rien.

À un certain degré d'exposition ou à l'arrivée d'une nouvelle source d'exposition, l'individu peut atteindre son niveau de saturation : l'organisme ne gère plus et c'est le début de l'intolérance. Les troubles peuvent être de nature variée : céphalées, vertiges, troubles du sommeil, processus inflammatoire dérégulé, divers troubles neurologiques, problèmes d'élocution, de concentration ou de mémoire.

Au début, l'électrohypersensibilité peut être une gène légère qui s'atténue avec du repos, ou une sensibilité à seulement certaines catégories d'ondes. Si à ce stade on ne se met pas à l'abri, cela peut s'aggraver en des troubles plus marqués et plus nombreux, ainsi qu'à une sensibilité à de plus nombreuses catégories d'ondes.

Certaines personnes électrohypersensibles ne supportent plus aucune sorte de CEM. Elles sont intolérantes aux antennes et téléphones mobiles, au Wifi, mais aussi aux réseaux électriques des maisons, et même aux clôtures électriques. Leur vie devient très compliquée.

L'électrohypersensibilité touche-t-elle de nombreuses personnes en France ?

Cette maladie émergente semble toucher de plus en plus de personnes. Mais le manque de reconnaissance par la société est tel que peu d'électrohypersensibles voient leurs problèmes reconnus. Les personnes malades sont généralement contraintes de quitter leur travail, leur lieu de vie, et de chercher un endroit plus abrité.

Précisons que leurs troubles ne sont pas d'ordre psychiatrique. Le plus souvent, lorsqu'elles sont adressées à un psychiatre, celui-ci les renvoie vers un neurologue, car les troubles s'atténuent et même disparaissent lorsqu'elles se mettent à l'abri des CEM et peuvent ainsi récupérer.

L'un des grands débats depuis plusieurs années, dans l'agglomération grenobloise comme ailleurs, c'est le nouveau compteur électrique Linky. Les polémiques font notamment rage sur ses effets sanitaires. Quelle est votre position sur ce sujet ?

Claude Bossard et Alain Richard, les auteurs des parties techniques du livre, l'expliquent très bien : les compteurs Linky vont augmenter le niveau général d'exposition aux CEM. Ils vont notamment rendre la vie impossible aux personnes électrosensibles.

Je trouve très intéressant le fait que les populations s'intéressent aux compteurs communiquants avant leur déploiement. De nombreuses personnes questionnent non seulement les effets sanitaires, mais aussi le sens et l'intérêt du Linky, le fait qu'un frigo puisse communiquer avec un téléphone, la possibilité que les informations révélées par les objets communiquants soient utilisées à des fins douteuses.

Mais les compteurs communiquants ne représentent hélas qu'une partie de la pollution électromagnétique. Il est tout aussi important de revoir le déploiement des autres technologies sans fil. Les téléphones portables et les connections en Wifi génèrent eux aussi d'importants problèmes de pollution et de surveillance.

La lutte anti-linky pourrait être un "levier" pour soulever la question de tous ces appareils qui ne peuvent fonctionner sans un système entier : pour que je puisse consulter mes mails ou téléphoner n'importe où, il faut un important réseau d'antennes relais, et avant cela des industries très polluantes et socialement nuisibles, qui s'appuient sur l'exploitation de ressources rares dans des pays en guerre, etc.

Après tout ce travail de synthèse sur la pollution électromagnétique, quelles conclusions tirez-vous dans vos choix de vie ?

Je constate qu'il est actuellement difficile et même impossible de s'extraire de l'électrosmog. On peut espérer faire changer les pratiques, et qu'à l'avenir les populations soient moins exposées. Mais désormais, il n'existe plus en France de véritable "zone blanche". En ville, on traverse toute la journée des réseaux de communications, des antennes, des relais wifi, des téléphones allumés en continu, sans compter les téléphones fixes sans fil, qui sont eux aussi particulièrement nocifs, même posés sur leur socle.

En revanche, il est encore possible de peu contribuer à l'électrosmog, en utilisant ces objets au minimum, ou pas du tout. On peut aussi créer des "mini zones blanches" chez soi.

Quelles pratiques "d'autodéfense électromagnétique" recommandez-vous ?

Nous recommandons de privilégier le téléphone et l'internet filaires. En cas de téléphonie mobile, nous recommandons de sortir des bâtiments, car les rayonnements des appareils comme des antennes sont plus forts lorsqu'ils doivent traverser des murs. Nous recommandons également de n'allumer ses appareils que lorsque l'on s'en sert et de les éteindre ensuite.

De même, il faut protéger les femmes enceintes et les enfants. Les CEM affectent l'ADN et l'expression des protéines. Elles peuvent entraîner des altérations épigénétiques. La croissance se fait par division cellulaire : il est de la plus haute importance que l'ADN des cellules soit intact au moment de la division. Autrement on obtient des générations de cellules déficientes, ce qui peut entraîner des troubles voire des maladies. En ne faisant pas attention, on risque de compromettre la santé des générations suivantes. Cela ne concerne bien sûr pas que les pollutions électromagnétiques.

C'est l'une des raisons pour lesquelles le CRIIREM recommande de ne pas utiliser de téléphone portable avant 15 ans, et de ne l'utiliser que pour des appels de courte durée, de privilégier les sms. Dans tous les cas où c'est possible, il faut privilégier l'usage d'un téléphone fixe filaire, et pour internet d'un ordinateur connecté avec un câble ethernet.

Dans votre livre, vous présentez de nombreuses autres techniques pour limiter la pollution électromagnétique dans les maisons. Pourriez-vous en décrire quelques-unes ?

Oui, protéger son domicile des CEM est réellement utile. Le corps humain, et en particulier le système nerveux, sont particulièrement vulnérables aux CEM pendant le sommeil. C'est pendant le sommeil que les processus de réparation du corps s'accomplissent. Les CEM perturbent ces processus. Au minimum, chaque nuit, il est important d'éteindre le wifi et les appareils sans fil, les téléphones notamment. De même, il faut protéger les lieux et les temps de sieste pour les enfants.

Mais est-ce réellement utile pour la santé si dans le même temps, au travail, dans les rues, dans les lieux publics, la pollution électromagnétique est omniprésente ?

Il serait bien sûr souhaitable de préserver tous les endroits où l'on passe du temps : lieux de travail, d'étude, de loisirs, de repos et de soin. Il faut préserver également toutes les populations les plus vulnérables, enfants, adultes souhaitant procréer un jour, les personnes âgées, les personnes malades ou convalescentes, et bien sûr tous les endroits où ces personnes passent du temps, ce qui signifie en gros un peut tout le monde, un peu partout.

Pour info, des études ont montré que même les animaux et les plantes réagissent aux CEM. Trop exposés, ils peuvent développer des pathologies. Il faut savoir que la plupart des recherches se font sur des animaux, donc il y a beaucoup de données disponibles dans ce domaine.

Des luttes collectives pour faire évoluer la législation sont-elles en cours ? Et si oui quelles associations et mouvements nous conseillez-vous de soutenir ?

De nombreux collectifs et associations locaux luttent contre l'implantation d'antennes relais et pour la création de zones blanches. Il faut les soutenir !

Il faut notamment soutenir les associations Robin des Toits et Priartem, qui ont beaucoup appuyé et fédéré des collectifs contre des projets d'antennes relais. Mais il faut savoir que depuis 2011, les maires ont perdu le pouvoir de refuser l'inplantation d'une antenne sur une commune. Ce changement de loi a grandement accéléré le déploiement des équipements. Et depuis 2016, le gouvernement a souhaité éradiquer toutes les zones blanches afin que sur l'ensemble du territoire on puisse consulter internet sur son smartphone. Dans les zones rurales, beaucoup d'habitant-e-s réclament leur antenne, au motif que la fréquentation touristique et la venue de nouveaux habitant-e-s en dépend...

De nombreuses autres associations continuent cependant de militer très activement pour l'information et la protection des populations. J'aimerais les citer :

L'association de recherche thérapeutique anitcancéreuse (ARTAC), la seule association indépendante française de lutte contre le cancer qui promeut une prévention environnementale.

Le Centre de recherche et d'information indépendant sur les rayonnements électromagnétiques (CRIIREM), qui réalise des expertises, des mesures, dispense des formations...

L'association POEM 26, basée dans la Drôme, qui fait de la formation et de la prévention auprès des élu-e-s, des professionnel-le-s de santé, de l'accompagnement et du soutien auprès de personnes électrohypersensibles.

L'association Une terre pour les EHS, qui propose du soutien, de l'entraide et de l'accompagnement aux personnes electrohypersensibles 

L'association Zones Blanches, dont l'objectif est de créer et de gérer des sites sans CEM artificiels pour les personnes électrohypersensibles.

Le Women in Europe for a Common Future (WECF), un réseau de 150 organisation féminines et environnementales, qui fait (entre autres) de la prévention sur la pollution électromagnétique.

Le collectif Grenoble-anti-Linky, qui lutte activement contre les compteurs communiquants.

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Pour (beaucoup) plus de détails techniques, biologiques et juridiques :

La pollution électromagnétique
Claude Bossard, Marie Milesi, Alain Richard, Isabelle Nonn Traya et Michèle Rivasi
Éditions Terre Vivante
Novembre 2018

Il est possible de commander ce livre directement auprès des éditions Terre Vivante.