Entraide : Tentative d'autoréduction à Monoprix-Vallier

02/03/2021

Samedi 27 février, les Brigades de Solidarité Populaire de Grenoble Saint-Bruno ont tenté une action d’autoréduction au Monoprix Boulevard Vallier à Grenoble. L'objectif ? Se servir gratuitement dans les rayons pour redistribuer les denrées auprès de populations précaires.

Une quarantaine de personnes ont participé à cette action. Mais une fois les caddies remplis et après avoir bloqué les caisses pour négocier avec le gérant du magasin, ce dernier a refusé toute discussion.

Il a fermé les grilles du Monoprix, bloqué tout le monde à l'intérieur et appelé les forces de l’ordre qui se sont rendus rapidement en nombre devant le magasin.

Après 30 minutes de blocage, les participant-e-s ont réussi à sortir, mais en abandonnant les denrées réquisitionnées destinées aux personnes précaires.

Rappelons que les Brigades de Solidarité Populaire préparent et distribuent des centaines de repas chaque semaine pour les personnes en situation de précarité, ainsi que du matériel d'hygiène et de soin

Des autoréductions ont régulièrement eu lieu par le passé à Grenoble, en particulier pendant les grandes luttes étudiantes de 2006. Elles se soldaient la plupart du temps par des succès.

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Voici le communiqué des Brigades de Solidarité Populaire de Grenoble expliquant le pourquoi et le comment de cette action :

"La grande redistribution

« Ce que le capitalisme nous vole, nous nous le réapproprions pour le redistribuer »

La gestion de la crise sanitaire et économique accroit et rend les inégalités visibles. Les travailleurs-ses précaires, les jeunes, les personnes âgées, en situation de handicap ou immigrées sont particulièrement écrasées par la pauvreté. Nombreux-ses sont ceux-celles qui se retrouvent dans des situations de très grande précarité : matérielle, due à la perte de leur emploi et/ou de leur logement, et psychologique, due à l’isolement social.

Dans ce contexte, l'autoréduction est une action politique de solidarité, héritière du mouvement autonome italien des années 70, puis des mouvements de chômeurs-euses en France dans les années 90. Nous contestons ainsi un système fondé sur les inégalités sociales, l'argent-roi et l'aliénation au travail. Cette pratique consiste à se rendre en nombre dans un supermarché, à bloquer les caisses par un refus de payer des caddies remplis de produits de première nécessité, puis à les redistribuer à celles et ceux qui subissent le plus fortement les conséquences de cette crise.

« Pas question d'attendre les aides de l'État et la charité pour lutter collectivement contre la précarité »

Nous sommes les Brigades de Solidarité populaire de la cuvette grenobloise. Ce mouvement de lutte est né en Italie depuis le début de la pandémie, et se développe à l'international. Nous nous organisons collectivement depuis le début du confinement pour distribuer des denrées alimentaires, vêtements, produits d'entretien et d'hygiène à celles et ceux dans le besoin.

Nous récupérons les produits de bonne qualité gaspillés et jetés par les supermarchés, les invendus des marchés, et les dons réguliers des associations ou des maraîchers. Nous construisons aussi des liens avec les agriculteurs-trices de la région pour continuer à développer l'autonomie et la solidarité.

« Le gaspillage alimentaire, à lui seul, pourrait être une des réponses à la faim dans le monde »

Tous les ans, 1,3 milliard de tonnes de nourriture est jeté dans le monde. La moitié de cette quantité suffirait à nourrir les 870 millions de personnes souffrant de la faim aujourd'hui. Chiffre qui ne cesse d'augmenter (130 millions de plus en 2020) dans un monde où l'enrichissement des uns se fait sur l'exploitation des autres.

« Grande distribution : la vie de plus en plus chère, les profits de plus en plus faramineux »

La hausse des prix des matières premières sert systématiquement de justification à l'augmentation des produits dans les supermarchés. Non, les prix dans les rayons ont très peu à voir avec les coûts réels de production, de transport et même avec les prix des matières premières. Dans le prix de la baguette, par exemple, celui du blé compte pour seulement 5 %. Les prix sont décidés par la grande distribution elle-même en fonction de ses capacités à faire du profit sur le dos des fournisseurs et les consommateurs-trices.

Les trois quarts de la distribution alimentaire en France sont contrôlés par six grands groupes commerciaux : Carrefour, Leclerc, Les Mousquetaires, Auchan, Casino et Système U. Il y a dix ans encore, dix enseignes se partageaient la moitié seulement de la distribution alimentaire.

Aujourd’hui, elles forment un oligopole qui domine entièrement les marchés, ce qui leur permet d'accroître considérablement leurs profits, et place les familles propriétaires des enseignes parmi les plus grandes fortunes de France.

Avec la pandémie, les bénéfices du secteur de la grande distribution ont bondi de 22 % au seul mois de mars 2020, et ces grandes enseignes rechignent à verser la prime de 1000 € aux salarié-e-s en première ligne !

« Qui sème la misère récolte la colère ! »

Nous revendiquons des actions politiques concrètes de solidarité quelles que soient leur forme et leur portée ! Il est urgent de s'organiser collectivement pour lutter contre le capitalisme et ses conséquences dramatiques.

Si vous souhaitez vous organiser collectivement, n’hésitez pas à nous contacter : brigade_grenoble (at) yahoo.com"

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Brigades de Solidarité Populaire de la cuvette grenobloise : nous nous organisons collectivement, pour une autodéfense populaire, par une entraide et une solidarité entre précaires.

• Pourquoi ?
L’épidémie et le confinement nous ont toutes et tous, partout dans le monde, frappé de plein fouet, mais plus durement encore celles et ceux qui subissent depuis longtemps les violences de l’ordre établi : exploitation, précarité, racisme, sexisme, etc. Nous nous organisons pour construire des initiatives d’entraide et de solidarité pour que personne ne soit laissé de côté : sans-abris, exilé.e.s, travailleur.euse.s, précaires, personnes âgé.e.s, isolé.e.s, etc.

• Comment ?
Maraudes et distributions de plats cuisinés, de produits alimentaires, d’hygiènes et de soins.