Storytelling : L'Alliance Citoyenne répond à Darmanin

30/03/2021

La vérité n'a pas d'importance. L'important, c'est de raconter une histoire qui séduit un public ciblé. Et sidère les autres.

Voici résumé en trois phrases le storytelling, cette technique de communication omniprésente dans les discours politiciens.
 
Après "l'ensauvagement des quartiers" (affaire du clip de Corbak Hood en août 2020), après les "islamo-gauchistes de la FAC de Grenoble" (affaire Sciences-Po de février 2021), voici le nouveau storytelling "made in Grenoble" de Darmanin : les "islamo-complotistes de l'Alliance citoyenne".
 
Public ciblé ? Toujours le même : l'électorat de droite et d'extrême-droite.

Pas de storytelling efficace sans des médias et des réseaux sociaux storytellers : centrés sur l'émotion, le sensationnel avant la vérité. Pas de Trump sans Facebook, Instagram et Fox News. Pas de Darmanin sans Cnews, RTL, TF1 et Facebook. Une puissance de frappe de 15 à 20 millions de Français-es en quelques heures. Les infos sont reprises en boucle, sans vérification, tandis qu'une armada de commentateurs et d'experts vont décliner à foison le cas de Grenoble. Puis dans quelques jours on passera à une autre "story", le rétablissement des faits sur l'Alliance citoyenne sera beaucoup moins médiatisé, bref le mal sera fait.
 
Comment combat-on le storytelling ? Par la réalité.

Voici donc la réponse officielle de l'Alliance citoyenne à Gérald Darmanin, ancien proche du groupuscule d'extrême-droite Action française :

"Les femmes musulmanes ont le droit d’agir contre les exclusions

Le Ministre Gérald Darmanin refuse que des femmes exclues du sport ou de l’emploi à cause de leur voile aient un soutien de la Commission Européenne pour s’organiser. Il fait de l’ingérence politique dans des procédures réglementaires rigoureuses de l’UE.
Parce que les injustices et discriminations qui les touchent sont nombreuses en France et qu’elles sont privées d’accès au sport, à des formations ou à des emplois, des femmes musulmanes ont décidé de s’unir pour défendre leur liberté religieuse et leurs droits.

Elles s’organisent en syndicat au sein de l’Alliance Citoyenne aux côtés d’autres personnes affectées par des injustices, des familles demandant le droit à un logement digne ou des personnes en situation de handicap se battant pour la liberté de mouvement. Ensemble, elles cherchent à construire une société inclusive, tolérante et respectueuse des libertés.

À la suite de l’article paru dans le Parisien-Aujourd’hui en France ce jour, l’Alliance Citoyenne tient à apporter des précisions :

En avril 2020, dans le cadre d’un appel à projets lancé par la Commission Européenne, l’Alliance Citoyenne et ses partenaires ont déposé le projet “Femmes musulmanes debout pour que la tolérance soit la règle (Muslim women standing to make tolerance a rule)”.

Ce projet part du problème de l’existence de nombreux règlements interdisant l’accès à des femmes musulmanes portant un voile à des salles de sport, des bowlings, des centres de formation professionnelle ou des centres de soins. Sous couvert d’interdiction des couvre-chefs ou des signes religieux sans raison légale qui les justifie, ces règlements sont facteurs d’exclusion pour les femmes concernées. Des discriminations que le Défenseur des Droits a condamné à plusieurs reprises et qui sont reconnues par de nombreuses enquêtes (Fondation Jean Jaures).

À travers ce projet, l’Alliance Citoyenne appuie ces femmes à agir pour que la tolérance, l’égalité et la liberté l’emportent.

L’évaluation du projet menée par des auditeurs indépendants pour la Commission européenne a reconnu que “les femmes musulmanes sont l'un des groupes les plus vulnérables touchées par l'intolérance” et que le projet de l’Alliance Citoyenne peut leur permettre de “devenir des actrices du changement dans leurs communautés ou auprès des institutions avec lesquelles elles interagissent”.

Le projet a ainsi été retenu le 8 octobre 2020 avec la note de 89.5/100 basée sur des critères précis et exigeant conformément aux standards élevés de la Commission européenne.

Depuis le mois de novembre, l’Alliance Citoyenne attend la signature de la convention permettant le lancement du projet.

La lettre de Gérald Darmanin à la Commission Européenne pour demander le retrait de la subvention accordée à ce projet est une intervention politique qui cherche à influencer une procédure réglementaire. C’est un abus de pouvoir et une ingérence politique dans les processus d’attribution d’aide publique.

Par ailleurs, pour Gérald Darmanin, autoriser les femmes musulmanes qui portent le voile à faire du bowling ou du sport, ou bien à suivre des formations professionnelles serait un “projet politique de rupture sous couvert d’antiracisme”. C’est un mensonge alors que les demandes de l’Alliance Citoyenne visent l’inclusion, la mixité et la tolérance.

Comme l’a montré l’Observatoire des libertés associatives dans bien d’autres cas, intervention discrétionnaire, désinformation, disqualification et amalgame sont autant de procédés utilisés par le pouvoir exécutif pour délégitimer et entraver les citoyens et
citoyennes porteuses de voix critiques.

En dépit des attaques mensongères de M. Darmanin, l’Alliance citoyenne et ses membres continueront à défendre les droits des minorités, la liberté des femmes musulmanes, les droits des familles mal-logés, des personnes en situation handicap et de tous les citoyens et citoyennes affectés par des injustices.

Elle appelle la Commission européenne à résister à la pression exercée par le ministre de l’Intérieur et à faire confiance à ses équipes et ses procédures de sélection des projets contre le racisme et les discriminations."

* * *

Mais au fait, qu'est-ce que l'Alliance citoyenne de l'agglomération grenobloise ?

En 2010, huit personnes intéressées par les méthodes du community organizing de Saul Alinsky créent à Grenoble l’association "Espace pour des Communautés et Habitants Organisés" (ECHO). Leur objectif : expérimenter dans l’agglomération grenobloise cette forme de mobilisation sociale née aux États-Unis.

Soutenue financièrement par plusieurs fondations françaises et suisse, l’association ECHO dispose de trois organisateurs agissant principalement dans les quartiers de Fontaine, d’Echirolles et de Saint-Martin-d’Hères. Leur rôle est d’encourager les habitant-e-s à s’organiser collectivement pour défendre leurs intérêts et faire pression sur les décideurs publics, les bailleurs et les entreprises privées.

Depuis 2010, ces méthodes ont fait émerger ou accompagné plusieurs actions collectives : des pressions sur l’entreprise ONET pour améliorer les conditions de travail des employé-e-s du nettoyage, des pressions sur ACTIS pour améliorer les conditions du logement social, des pressions sur la Ville de Grenoble pour demander une plus grande ouverture des équipements publics en général et des lieux culturels en particuliers, des pressions sur l’Université de Grenoble pour améliorer l’accueil des étudiants étrangers, des campagnes d’information et de sensibilisation pour améliorer les services de santé scolaire, etc.

Ce travail de terrain a entraîné en 2012 la création d’une "Alliance citoyenne" rassemblant des collectifs et communautés diverses : paroisse sainte Trinité, association des vietnamiens, CGT nettoyage, église évangélique, association d’habitant-e-s, association des congolais de l’Isère, groupes de parents d’élève.

Le but ? S’organiser collectivement pour améliorer les conditions de vie dans l’agglomération grenobloise, et constituer un contre-pouvoir face aux institutions publiques, étatiques et privées.

En 2019, l'Alliance citoyenne revendiquait 400 adhérent-e-s, 1 600 sympathisant-e-s et plusieurs salarié-e-s. Son budget était d'environ 80 000 euros, dont environ 25 000 euros d'adhésions, 15 000 euros de recettes de formations, 30 000 euros de dons privés (dont la Fondation abbé Pierre) et quelques milliers d'euros de subventions publiques.

Source des chiffres : Dauphiné Libéré, 25/06/2019