Zoom sur Alternatiba Grenoble

01/09/2016

Samedi 24 septembre, le collectif Alternatiba organise sa troisième "Journée de la Transition citoyenne" à Grenoble. La programmation est impressionnante, avec une trentaine d'événements un peu partout en ville : animations, ateliers, repas, conférences, portes-ouvertes... Quels sont les objectifs de cette journée ? Comment s'organise le collectif Alternatiba ? Comment est-il financé ? Quels sont ses liens avec la mairie de Grenoble ? Pour mieux comprendre, Ici Grenoble a rencontré Fabienne, aux origines d'Alternatiba Grenoble.

* * *

Ici Grenoble : Le programme de cette journée de la Transition est impressionnant, en particulier toutes les portes-ouvertes et les animations autour des jardins partagés de l'agglomération. Depuis combien de temps préparez-vous cette journée ? Comment avez-vous décidé le programme ?

Fabienne : En mars, nous avons lancé un forum public d'Alternatiba. Nous étions une trentaine. Ce jour-là, nous avons décidé d'organiser une troisième Journée de la Transition citoyenne à Grenoble. Notre but, c'est de lutter contre la morosité et la résignation ambiante. Nous voulons montrer tout ce qui existe déjà pour lutter contre le réchauffement climatique. Nous voulons connecter les alternatives entre elles, encourager les rencontres.

Comment prenez-vous les décisions au sein du collectif ? Par vote majoritaire ? Par consensus ?

Nous prenons les décisions par consentement. Nous nous sommes faits aider par deux membres d'Alternatiba Lyon, deux spécialistes du management de la démocratie en entreprise.

Pourriez-vous détailler ?

Lors du forum, le dispositif était le suivant : en amont, les personnes les plus impliquées dans Alternatiba Grenoble, celles qu'on appelle entre nous "les pépites", ont élaboré un ordre du jour. Le jour du forum, nous nous sommes réparti-e-s en petits groupes autour des différents points de l'ordre du jour. Chaque commission avait en charge d'élaborer des propositions concrètes. Les propositions étaient ensuite présentées en plénière et proposées au consentement général. Si des membres d'Alternatiba étaient contre certaines propositions, ils devaient expliquer pourquoi et proposer des "objections constructives", des contre-propositions. Pour faciliter les discussions, nous avons utilisé des techniques dites de "débat mouvant" : nous nous déplacions dans la salle en fonction de nos points de vue, en expliquant ensuite nos positions.

Comment faites-vous lorsque des positions sont incompatibles ? Comment trancher ?

Effectivement, il y a parfois des positions inconciliables. Nous avons par exemple décidé qu'Alternatiba Grenoble allait continuer à faire des actions de désobéissance civile non-violentes. Certaines personnes étaient totalement contre ce type d'actions. Elles ont alors quitté le collectif. Mais ça ne les empêche pas de venir parfois nous donner des coups de main...

Avez-vous un ou une président-e ?

Depuis quelques mois, Alternatiba est constituée en association de loi 1901. Nous sommes en présidence collégiale. Notre but est de décider ensemble, sans hiérarchie. L'autogestion, ça demande du temps et un gros travail de préparation des réunions. Mais au final, on se sent plus fort-e-s !

Comment financez-vous la journée du 24 septembre ?

Pour la Journée de la Transition 2015, nous avions obtenu des subventions de la Ville de Grenoble et de la Métropole. Nous avions aussi fait un appel à dons qui avait bien marché. Suite à cette journée, il nous restait quelques milliers d'euros de subventions et de dons. Nous avons décidé de les utiliser pour organiser cette journée 2016. Nous lancerons probablement un appel à dons s'il manque des sous.

Nous avons maintenant une question un peu délicate : Les alternatives que vous mettez en avant le 24 septembre, comme Enercoop ou la NEF, sont souvent "sociologiquement marquées". Les personnes impliquées dans ces structures sont en grande majorité issues des classes moyennes et diplômées, et ont la peau blanche. Mettez-vous en place des dispositifs pour élargir l'audience d'Alternatiba à une plus grande diversité sociale ?

C'est une question que nous avons plusieurs fois discuté au sein du collectif. Nous avons effectivement constaté, lors des deux journées de la Transition précédentes, que nous touchons très peu deux catégories de la population : les personnes des milieux dits "populaires", mais aussi les personnes des zones résidentielles très favorisées de l'agglomération. Le programme de cette année est conçu pour aller vers davantage de mixité sociale.

De quelle manière ?

Nous avons choisi de mettre l'accent sur les jardins partagés, avec des événements décentralisés, un peu partout dans l'agglomération. Les jardins partagés nous semblent l'exemple même des initiatives qui favorisent la mixité. On y retrouve souvent des gens de tous les âges, mais aussi de toutes les couleurs de peau. On le voit très bien avec le jardin partagé des Incroyables comestibles, que nous avons initié il y a quelques mois au Parc Mistral. Ce jardin crée des rencontres extraordinaires, entre jeunes et vieux, entre personnes de classes sociales différentes. C'est l'effet presque "magique" d'un potager. Les légumes et les plantes intriguent, donnent envie de discuter et de se rencontrer...

Nous pensons que nos animations autour de la finance éthique peuvent également intéresser à la fois des personnes à haut revenu et des personnes précaires. Les personnes qui ont une forte capacité d'épargne pourront être intéressées par financer des projets écologiques plutôt qu'enrichir des multinationales. Mais samedi, nous allons également interpeller les passant-e-s place Victor Hugo, avec des porteurs et des porteuses de paroles, pour expliquer que des banques comme BNP Paribas utilisent les paradis fiscaux. Tout le monde a un compte en banque, et nous pensons que de nombreuses personnes préféreraient que leur argent serve des projets utiles.

Quelle est la diversité sociale au sein du collectif Alternatiba ?

Il y a des personnes de tous les âges et de toutes les classes sociales, aussi bien des chômeurs et chômeuses que des cadres d'entreprise. Sans ce mouvement d'Alternatiba, nous ne nous serions probablement jamais rencontrés ! Par contre, côté couleur de peau, c'est clair que c'est la "blancheur" qui domine. Nous avons encore du chemin à parcourir pour qu'Alternatiba soit encore plus mixte.

Nous avons une seconde question "délicate" : La mairie de Grenoble est vivement critiquée ces derniers mois suite au plan d'austérité qu'elle met en place, avec notamment la fermeture de trois bibliothèques et la réduction des effectifs municipaux. L'Assemblée des mal-logé-e-s et des sans logement vient également de publier une lettre ouverte incendiaire vis-à-vis des choix de la mairie en matière de logement. Quelles sont les positions d'Alternatiba vis-à-vis de ces situations ? Appelez-vous par exemple à manifester lundi au prochain conseil municipal ?

Je n'étais même pas au courant de la manifestation de lundi... Le plan d'austérité ou la question du mal-logement ne font pas vraiment partie des sujets d'Alternatiba. Nous sommes avant tout centrés sur les questions climatiques et écologiques. C'est sûr que les questions d'austérités budgétaires peuvent être reliées à l'évasion fiscale, que nous combattons. Nous avons en tout cas de très bonnes relations avec la mairie, ils apprécient ce que nous faisons, il y a une grande bienveillance. C'est tout l'inverse d'une ville comme Marseille par exemple, qui a interdit au collectif d'Alternatiba d'utiliser l'espace public...

Quel est votre métier dans la vie ? Est-ce que vos collègues sont sensibles à Alternatiba ?

Je suis chef de projet dans une multinationale de l'informatique. Cela fait plusieurs années que je m'intéresse de près à la transition énergétique. C'est une immense source d'emplois non délocalisables. Les questions d'économie d'énergie et d'optimisation intéressent beaucoup le milieu des ingénieurs, mais également la multinationale où je travaille. Notre direction a créé une "Green Team", une équipe pour encourager les échanges de savoirs autour de l'écologie et des questions climatiques. Je fais partie de la Green Team. Nous avons fait intervenir Terre de liens et Enercoop au sein de l'entreprise. Nous avons également participé aux Défis des familles à énergie positive. Je suis passionnée par toutes ces questions, et je vois que cette passion est communicative, aussi bien dans la vie qu'au travail. De toute façon, les questions climatiques atteignent un tel niveau de gravité que nous serons de plus en plus nombreux et nombreuses à nous y intéresser de près.

Alternatiba a-t-elle des liens avec Nuit Debout Grenoble ?

Nous avons des sujets communs de révolte. Nous avons notamment organisé ensemble des actions non-violentes pour dénoncer l'évasion fiscale massive des grandes banques françaises...

Quelles seront les suites d'Alternatiba, après le 24 septembre ?

Tout sera décidé collectivement, lors des réunions du collectif. Mais il y a déjà plein d'idées : créer une CIGALE à Grenoble, participer à des projets de création d'habitats avec l'association un Toit pour tous, participer au projet de centrales photovoltaïques citoyennes, encourager le projet de supermarché participatif l'Éléfàn, participer aux rencontres des Villes en transition organisées par la ville de Grenoble. L'avenir est ouvert : Toutes les personnes souhaitant nous rejoindre sont les bienvenues.