Zoom sur le Collectif Indépendant des Jeunes en Lutte

14/01/2017

Un nouveau collectif de luttes s'organise à Grenoble. Créé il y a quelques semaines par des lycéen-ne-s de l'agglomération grenobloise, le "Collectif Indépendant des Jeunes en Lutte" souhaite agir contre la Loi Travail, le Service civique obligatoire, les Grands projets inutiles et imposés, les plans d'austérité, ou encore les expulsions de personnes sans-papier. Pour en savoir plus, Ici Grenoble a posé quelques questions à Adri et Joe.

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RENCONTRE AVEC ADRI ET JOE
DU COLLECTIF INDÉPENDANT DES JEUNES EN LUTTE

Ici Grenoble : Comment est né votre collectif ? Comment vous êtes-vous rencontré-e-s ?

Adri : À la base, on était juste cinq potes qui avions envie de faire bouger les lycéen-ne-s dans la manif du 15 septembre contre la Loi Travail. On s’est rencontrés sur la place Saint-Bruno lors de la cantine publique qu'organise le centre social autogéré Le 38 chaque samedi.

Quelles sont les actions que vous avez menées ? Quelles sont les actions que vous aimeriez faire cette année ?

Adri : Nous avons organisé un cortège festif lors de la manif du 15 septembre. On a aussi essayé de faire des blocus en ville ou devant des lycées, mais ce n'était pas facile lors de la rentrée...

Nous avons déjà quelques idées d’actions pour les prochains mois. Nous tenons par exemple à rassembler du monde pour agir contre l'expulsion de la Zone À Défendre de Notre-Dame-des-Landes, contre le plan d'austérité de la mairie de Grenoble, ou encore pour “saboter” le cirque présidentielle en montrant qu’il existe d’autres manières de vivre et de s’organiser. Nous aimerions aussi organiser des moments conviviaux comme des projections ou des débats.

Après, pour nous, le plus important c’est que les gens se saisissent du collectif pour proposer leurs idées. Nous en débattrons et nous proposerons des actions à faire.

Comment les autres étudiant-e-s perçoivent-ils votre collectif ? Quelle est "l'ambiance politique" dans vos lycées ?

Adri : Pour l’instant, nous ne sommes pas très nombreux. Mais nous essayons de parler aux autres lycéen-ne-s du collectif. Concernant l'ambiance politique, j’ai plutôt l’impression que les gens pensent que "la fête est finie", que tout rentre à la normale... Pourtant on aura toujours d’autres raisons de lutter, en particulier maintenant avec le Service civique obligatoire que veut nous imposer le gouvernement. D’où la nécessité d’une riposte de la jeunesse, car vue la situation actuelle où les plans d'austérité, les reculs des acquis sociaux et des projets absurdes s’accumulent, nous aurons encore de nombreux combats à mener.

Comment expliquez-vous votre engagement ? Des rencontres marquantes ? Des livres ? Des films ? Vos familles plutôt engagées ? Pour le dire autrement, comment se fait-il que vous soyez sensibles aux questions politiques, et pas d'autres lycéen-ne-s ?

Adri : Personnellement, c’est depuis la manifestation du 31 mars. Le mouvement social a été un déclencheur. Ça m’a permis de m’investir dans une lutte, de me poser des questions... Après ces manifs contre la Loi Travail je me suis aussi intéressé à d’autres luttes, alors que je n’y prêtais pas forcément attention avant.

Par rapport aux questions politiques, beaucoup de lycéen-ne-s peuvent s’y intéresser, mais ils ne trouvent pas d’endroits où les exprimer. Ça me fait penser à un tract du Mouvement Inter Luttes Indépendant qui expliquait que le lycée n’est pas qu’un lieu de travail, mais aussi un lieu de vie. Et je trouve ça bien vrai ! On passe une grande partie de notre temps dans nos lycées, mais il y manque des espaces d’échanges, de débats, de créativité. Il nous manque des espaces autogérés et autonomes, des espaces appartenant vraiment à tous ceux et toutes celles qui y participent.

Mais bon, vue l’hostilité des administrations et des pouvoirs publics à ces types d’endroits qui échappent à leur contrôle, je pense qu’il faut les construire et les faire vivre partout où c'est possible, comme le font les zads et les squats qui forment un archipel de mondes irréductibles et singuliers qu’il nous appartient de relier.

Et toi Joe, comment expliquer ton engagement ?

Joe : Ma famille est plutôt engagée, notamment ma soeur. Elle m’a parlé de la la Loi Travail l’année dernière. À l’époque je ne me sentais pas concerné, mais je pense que j’étais surtout désinformé. J’ai participé à ma première manif le 9 mars avec quelques copains. Nous étions en troisième, mais la direction de notre établissement n’a pas apprécié le fait que nous nous rendions en manifestation et nous l'a plus ou moins interdit. Je pense que c’est à partir de ce moment-là que je me suis senti réellement concerné par les actions du gouvernement, aux questions politiques et à différentes luttes.

Comment des lycéen-ne-s intéressé-e-s peuvent-ils rejoindre votre collectif ?

Adri : Ils ont juste à nous rejoindre durant unes de nos prochaines assemblées, lors d’un événement ou nous contacter sur les réseaux sociaux. Nous tenons à utiliser modérément les réseaux sociaux, mais ils restent utiles pour se faire connaître.

Après, on tient à ne pas seulement s'adresser aux lycéen-ne-s, mais à toutes les personnes qui seraient intéressé-es par notre démarche. On pourrait prochainement changer le nom du collectif...

Joe : Je rajouterais que l’idée n’est pas forcément de nous rejoindre. "Notre" collectif n'a pas de hiérarchie. Personne n’a à porter de responsabilité plus grande que les autres ou se sentir obligé. Nous nous basons sur l’entraide et l’envie de chacun-e de participer. Si quelqu’un n’a pas envie d'organiser mais a tout de même envie de participer, tel est son droit.

Pour ceux qui veulent participer aux prochaines actions ou aider à organiser, nous allons mettre en place un système de ”newsletters” ainsi qu’un forum et un espace membre. Un nouveau site internet est en cours de codage. Nous en possédons déjà un, mais nous sommes passés par une entreprise tiers pour le créer, ce qui me déplaît personnellement.

[Vous pourrez rencontrer le Collectif Indépendant des Jeunes en Lutte lors d'une soirée qu'il co-organise : La projection du film "Katanga Business" ce mercredi 19 octobre à 18h au 38 rue d'Alembert.]

Collectif Indépendant des Jeunes en Lutte
http://jeunes-en-lutte.jimdo.com