Zoom sur les LAM

17/03/2017

Vendredi 17 mars, le collectif Lycéen-ne-s à la marge (LAM) organisait un concert de soutien à tou-te-s les exilé-e-s, avec des lectures, un repas vegan et plusieurs couleurs musicales. Mais qui sont les LAM ? Quelles sont leurs actions ? D'où vient cet engagement lycéen ? Pourquoi "à la marge" ? Pour en savoir plus, Ici Grenoble a posé quelques questions à Mush, Bachir, Al et Freydis...

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Ici Grenoble : Comment est né votre collectif ? Comment vous êtes-vous rencontré-e-s ?

Les LAM : On s’est regroupé-e-s parce qu’on voulait faire quelque chose pour s’engager au lycée. On ne se connaissait pas toutes et tous personnellement pendant les premières réunions. Mais on est dans le même lycée, le lycée Stendhal. On est pour la plupart dans la même classe. On s'entend bien avec un prof d'histoire-géo qui en a parlé à d'autres élèves. Après les premières réunions, on a publié un "manifeste", bien sûr pas exhaustif, mais on l'a tracté pendant les récréations et d'autres gens sont venus à nous.

Le but des LAM, c'est de créer une place pour la pensée politique dans notre lycée, pour secouer les esprits. Les instances hiérarchisées, à mandats exécutifs comme le Conseil de Vie Lycéenne (CLV), la Maison Des Lycéens (MD) ou les délégués de classe, nous semblaient moribondes, totalement contrôlées par les "adultes" du lycée : proviseur, CPE, gestionnaire... On a donc tenu à être autogéré-e-s et indépendant-e-s. Ce qu'on prône, c'est l'indocilité créatrice et la subversion libératrice. On est pas mal de théâtreux et de danseurs. On est pour la plupart en spécialité arts du spectacle. Pour nous, l'insurrection artistique, c'est la vie !

Comment avez-vous choisi le nom de votre collectif ?

Les LAM : Un peu à l'arrache ! Mais on aimait bien l'idée d'être "à la marge", à la fois la marge du cahier, et celle de la pensée dominante... Et puis LAM ça fait penser à l'âme, lame, alarme, vague à l'âme, lame de fond...

Quelles actions avez-vous organisé, dont vous aimeriez parler ? Est-ce que vous avez eu des problèmes avec l'administration ?

Les LAM : Il y a eu la journée contre le racisme, où on avait complètement recouvert les chiottes avec des banderoles comme "AUX CHIOTTES LE RACISME !". On avait fait des cacas dorés en pâte-à-sel pour faire les "caca awards" des paroles facho/racistes de personnalités politiques.

On avait fait comme au festival de Cannes : le "caca un certain regard", par exemple, on l'avait attribué aux habitant-e-s du seizième arrondissement de Paris qui refusaient la construction d'un HLM à côté de leurs beaux apparts. Le "caca d'honneur", c'était pour récompenser l'ensemble de la carrière de notre cher Jean-Marie. Sous la plaque liberté-égalité-fraternité à l'entrée du lycée, pour dénoncer le racisme d'état, on avait suspendu une banderole : "Jungle de Calais : ne laissons pas aux portes de la France la devise de l'enfer de Dante : toi qui entre ici abandonne tout espérance" (c'était dans la préface d'un livre qu'on aime bien, Jungle de Calais, les raisons de la colère). Le proviseur est venu l'enlever lui-même, puis il a fait enlever les autres affiches par les agents techniques du lycée.

Sinon, on a eu un élève au collège Stendhal dont le père, monsieur Kundela, a été expulsé de France, renvoyé au Congo où il était pourtant en danger. On a fait plein d'actions, des rassemblements, une projection de soutien au 38... Un jour, on a voulu inviter un réfugié politique congolais, Jean-Claude Moulamba, pour qu'il nous parle de la situation actuelle de son pays d'origine. On a alors fait un tract pour à la fois annoncer cette rencontre et dénoncer le lynchage de monsieur Kundela quand les flics l'ont forcé à monter dans l'avion. On s'est fait censurer le tract par le proviseur, et la rencontre a été interdite. Alors on a réimprimé les tracts avec la mention "CENSURÉ" écrite en rouge et en gros sur le tract. Et on a organisé la rencontre à la date et à l'heure prévues, devant le portail du lycée, avec des gens de partout qui sont venus à assister à la rencontre. On n'a jamais eu autant de lycéens-ennes présent-e-s pour une action.

Comment les autres étudiant-e-s perçoivent-ils les LAM ?

Mush : Ça dépend des personnes. On est un peu "fiché-e-s"... Quelques-un-e-s en ont marre, d'autres ont même un peu peur... Etant donnée la manière dont on fait scandale juste avec une petite action, alors qu'on est quelques paumé-e-s dans un lycée à se battre contre l'administration, c'est bien qu'il y a un moyen de faire des choses, d'avoir un impact. Sinon, d'autres lycéen-ne-s sont bienveillant-e-s, mais sans vraiment s'engager à nos côtés. Enfin si, ils viennent aux actions.

Freydis : J'ai posé la question aux deux potes assis à côté de moi quand j'ai rédigé cette réponse, et qui ne sont pas à LAM. Il y en a un qui m'a répondu "des tarés", et une autre "vous êtes les plus actifs du lycée". En fait, pour rejoindre Mush, on n'a pas besoin d'être beaucoup pour faire chier le système, et ça c'est valable partout, pas seulement au lycée.

Al : On n'est pas toujours pris au sérieux, mais ça évolue dans le bon sens. Il y a de plus en plus de gens qui s'y intéressent.

Bachir : Je trouve au contraire que c’est de pire en pire. Au début du collectif, les autres lycéen-ne-s étaient intrigué-e-s, ils venaient voir ce qu’on faisait, participaient aux réunions, aux actions qu’on organisait. Passé l’effet de surprise, l’effervescence de la nouveauté et le mouvement social contre la loi travail, LAM s’est peu à peu marginalisé. Les plus motivé-e-s sont resté-e-s, d’autres sont parti-e-s, le groupe s’est affiné, nos actions étaient de plus en plus belles et intéressantes. Mais LAM est devenu une habitude, perçu comme un groupe constitué de lycéen-ne-s un peu bizarres et d'un prof aux idées très arrêtées. Avant, les lycéen-ne-s prenaient position par rapport à notre groupe. Un délégué élève avait notamment dit lors d’un Conseil d'Administration qu’une de nos actions l’avait choqué. Maintenant, la plupart des élèves nous ignorent.

Freydis : Je ne sais pas, je n'irai pas jusque-là. Disons que les avis divergent, mais il y a quand même de l’intérêt, de la bienveillance de la part de certains élèves.

De manière générale, quelques semaines avant les élections présidentielles, quelle est "l'ambiance politique" dans vos lycées ?

Mush : Je pense qu'on est trop tôt pour le frétillement d'avant les élections. Chacun réfléchit dans son coin pour l'instant.

Al : Il y a une très faible conscience politique, en général ceux qui s'y intéressent, c'est ceux qui veulent faire Sciences-po !

Freydis : Pas mal de jeunes vont voter pour la première fois dans nos classes. Il y a quelques discussions, mais je ne ressens pas plus que ça une "ambiance" particulière. Moi de toute façon, je boycotte.

Comment expliquez-vous votre engagement ? Des rencontres marquantes ? Des livres ? Des films ? Vos familles plutôt engagées ? Pour le dire autrement, comment se fait-il que vous soyez sensibles aux questions politiques, et pas d'autres lycéen-ne-s ?

Al : Pour ma part, j’ai été éduquée avec une mère qui m’a sensibilisé au respect de l’environnement, sujet qui dérive vite sur des questions politiques, notamment avec les Grands Projets Inutiles et Imposés... Ça mène à développer un intérêt pour ceux qui nous gouvernent !

Freydis : Moi, mes parents s'en foutent un peu de la politique. Mais j'ai toujours énormément lu, tout ce qui me passait sous la main, surtout des romans, mais aussi des poèmes, des essais, des journaux... Je suis persuadée que c'est en étant traversée de tous ces mots, de tous ces regards, que j'ai vraiment commencé à être politisée, et à être dégoûtée de la société dans laquelle je me sentais enfermée. Après, j'ai forcément commencé à préciser mes idées. Quand j'étais au collège, je lisais pas mal Bakounine et toute la clique, puis j'ai découvert plus récemment le Comité invisible. On trouve aussi des fanzines et des magazines très chouettes dans les milieux militants. Maintenant je fais partie de plein de groupes, c'est trop bien ! Je ne peux pas trop parler pour les autres lycéen-ne-s. Je pense que c'est la même chose que pour le reste de la société. Il y a un profond désintérêt pour le monde alentour, une déconnexion totale de tout ce qui se passe en-dehors d'une certaine zone de confort.

Bachir : Je ne suis pas sûr de pouvoir expliquer pourquoi nous sommes plus sensibles aux questions politiques que les autres lycéen-ne-s. Je crois, pour ma part, que j’ai toujours été intéressé par la politique, même très jeune. Mes parents sont plutôt engagés. Je me souviens de manifs en famille contre le CPE, où ma sœur était encore dans la poussette. J’avais aussi en primaire un ami sans-papiers, ce qui m’a forcé à prendre position par rapport à l’exil. C’est toutes ces petites choses qui m’ont amené à la politique.

Vendredi 17 mars vous organisez un concert en soutien aux exilé-e-s. Est-ce que vous pourriez nous en parler un peu plus ?

Les LAM : En fait, ce concert fait partie d'un projet plus large. Cette semaine, on a organisé au lycée une "Semaine de la solidarité à tous-tes les exilé-e-s", avec tous les jours, de 13h à 14h, un temps de débat, des rencontres avec des exilé-e-s. Par exemple, lundi, on a fait une projection-débat du film "Eau argentée" sur la guerre en Syrie. Mardi, on a organisé une rencontre avec un exilé venu du Congo, et avec l'écrivain Vincent Karle qui écrit pas mal sur le thème des migrations. Jeudi, on a fait tout un spectacle qui mêlait lectures et danse... Et ainsi de suite. Le concert, c'est la clôture de cette semaine intense !

Pour ces événements, on a choisi le terme "exilé-e-s" parce qu'on ne voulait pas se cantonner à "l'immigration" : pour nous, la liberté de circulation doit être indiscutable, sans condition.

Quels sont vos autres projets pour 2017 ?

Les LAM : On a un fonctionnement très spontané, mais on a pas mal d'idées... On travaille par exemple à un texte en réponse à l'administration, qui nous ressort toujours son baratin de "neutralité" politique. Le texte s'appellerait "TOUT EST POLITIQUE".

Comment des lycéen-ne-s intéressé-e-s peuvent-ils ou elles rejoindre votre collectif ?

Puisque le but de notre collectif est de bouger seulement dans notre lycée, le lycée Stendhal à Grenoble, on conseille aux lycéen-ne-s intéressé-e-s qui ne sont pas au lycée Stendhal de rejoindre le Collectif Indépendant Jeunes en Lutte. C'est un collectif inter-lycées super chouette. Pas mal d'entre nous en font partie.

Vous pouvez aussi envoyer un mail à LAM, et on vous donnera les dates des réunions.

Les LAM : lam-stendhal (at) riseup (point) net