7 questions sur le mal-logement

23/03/2017

Ce vendredi 24 mars à 10h place de Verdun, la Cordination iséroise de solidarité avec les étrangers migrants, l'Assemblée des mal-logé-e-s et de nombreuses autres organisations appelaient à un rassemblement contre la fin de l'hébergement hivernal d'urgence. L'objectif ? Que les 280 personnes hébergées depuis le 15 novembre soient pérennisées dans leur hébergement, et que les 75 personnes dont le bâtiment du Village Olympique a brûlé soient relogées.

Pour en savoir plus sur le mal-logement en Isère et les solutions possibles, Ici Grenoble a interrogé le porte-parole de la Cordination iséroise de solidarité avec les étrangers migrants (CISEM).

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Ici Grenoble : Samedi 11 mars, vous avez co-organisé une grande marche pour le droit au logement et la réquisition des logements vides dans l'agglomération grenobloise. La marche a été un succès, avec des centaines de manifestant-e-s dans les rues de Grenoble. Quelle est la situation du mal-logement en Isère ?

Oui, la marche du 11 mars était effectivement un succès. Nous étions environ 600 personnes, dont beaucoup de jeunes, révolté-e-s par le nombre de personnes à la rue, par les politiques de l'État, de la Préfecture, de la Métropole et des communes de l'agglomération en matière de droit au logement.

Depuis de nombreuses années, c'est le même processus qui se répète. D'un côté, environ 4000 personnes sont à la rue ou sans hébergement constant en Isère, 1500 à 2000 dans l'agglomération grenobloise. Il y a sans cesse de nouveaux squats, de nouveaux camps ouverts par ces personnes, qu'elles soient Françaises ou étrangères, parce qu'elles sont sans autre solution. De l'autre côté, les autorités organisent régulièrement des expulsions de ces squats et de ces camps. Ces expulsions sont parfois violentes, avec le plus souvent un relogement pour quelques jours dans des chambres d'hôtel où l'on n'a pas le droit de cuisiner et où les enfants ne peuvent jouer...

Depuis des années, nous luttons contre ce scandale par des rassemblements, des manifestations, des interpellations, des conférences de presse, du soutien aux squatters, ou encore l'occupation de lieux vides comme le bâtiment situé 6 rue Jay à Grenoble.

Quelles sont les prochaines actions prévues pour le droit au logement en Isère ?

Nous sommes présent-e-s tous les jours ou presque au camp Valmy, où vivent désormais 70 personnes, dont beaucoup d'enfants. Nous soutenons les squatters de la Résidence au Village Olympique qui vient de brûler, pour exiger avec eux un relogement "correct". Nous menons une campagne renforcée pour la réquisition des logements vides. Nous organisons aussi, ce vendredi 24 mars à 10h place de Verdun, un rassemblement contre la fin du dispositif d'hébergement hivernal, pour exiger que les 280 personnes hébergées depuis novembre dans le cadre de cet hébergement d'urgence voient leur hébergement pérennisé.

Vous parlez d'environ 4000 personnes à la rue en Isère : quelles sont les sources de ces chiffres ?

Les associations Un toit pour tous, Migrants Isère et le réseau Alerte. Ces associations mènent des enquêtes de terrain, avec notamment des maraudes nocturnes.

Qui sont, de manière générale, les personnes à la rue ?

Des Français-es au chômage ou avec des petits boulots ; des personnes qui ont été expulsées de leur logement car elles ne pouvaient plus payer leurs loyers ; des migrants demandeurs de séjour ou d'asile, ou déboutés de ces demandes (il y a de nouveaux déboutés chaque jour..). Ce sont le plus souvent des personnes seules, ou alors des familles avec des enfants souvent très jeunes.

Quelles mesures préconisez-vous, concrètement, pour mettre fin au scandale du mal-logement en Isère ?

Les mesures que nous préconisons ? Elles sont nombreuses. D'abord, pour les migrant-e-s, il faut le droit de travailler pendant la demande d'asile ou de séjour. Il faut la régularisation des nombreux travailleurs sans papiers. La mise à disposition des milliers de logements vides de l'agglomération, avec un accompagnement social (idem pour les citoyen-ne-s français-es).

Pour toutes et tous, Français-es comme migrant-e-s, il faut l'application de la loi DALO (Droit Au Logement Opposable), qui date de 2007. Cette loi prévoit, en cas de non réponse à une demande de logement, que l'intéressé-e dépose un Recours Dalo et exige ainsi la mise à disposition d'un logement.

Nous demandons aussi la fin du dispositif d'hébergement hivernal. On peut mourir à la rue été comme hiver... Il faut que les hébergements dits d'urgence soient pérennes, toute l'année.

Enfin, nous demandons que soient appliquées les lois de réquisition (articles L 2212-10 et 5° du Code Général des collectivités locales). Selon ces textes légaux, aussi bien le préfet que le maire peut procéder par voie de réquisition, pour une durée maximum d'un an, à la "prise de possession partielle ou totale des locaux à usage d'habitation ou de bureaux vacants, inoccupés ou insuffisamment occupés". C'est important d'insister sur ce point : notre demande de réquisition est fondée sur une base légale !

Comment expliquez-vous les manquements de la Préfecture et des collectivités locales concernant le logement à Grenoble et en Isère ? Est-ce un choix idéologique assumé, ou également le résultat d'un désordre organisationnel ? Nous avons le sentiment que les collectivités locales et la Préfecture ont peur de faire de l'Isère ou de Grenoble un "centre de convergence de la misère", de créer un "appel d'air" si l'Isère mettait en place une politique exemplaire en matièe d'hébergement d'urgence (l'expression "appel d'air" revient parfois dans les propos "en off"). Tout se passe comme s'il fallait maintenir le niveau de précarité à un seuil "socialement acceptable", mais sans réellement vouloir mettre fin au scandale du mal-logement. Partagez-vous ce sentiment ?

Il y a clairement un manque de volonté préfectoral, municipal et intercommunal en matière d'hébergement. Un manque de volonté à la fois pour l'hébergement d'urgence, pour l'hébergement à moyen terme et pour la mise à disposition de bâtiments vides pour les milliers de personnes à la rue ou sans solution adaptée et pérenne.

Les principaux arguments qui nous sont avancés sont les raisons économico-financières ("On ne peut pas faire plus..."), la volonté de ne ne pas créer "d'appel d'air", de ne pas se substituer au jeu du marché et des agences immobilières. Par ailleurs, chaque autorité rejette les responsabilités sur une autre (la fameuse politique de la "patate chaude"...).

Comment rejoindre ou soutenir les mouvements de luttes pour le droit au logement ?

Chaque vendredi de 17h30 à 20h, nous organisons une réunion de l'Assemblée des Mal-logé-e-s, des locataires et des sans logement, dans un local occupé et autogéré au 6 rue Jay à Grenoble (l'entrée se fait par la rue Billerey). Vous pouvez également contacter la CISEM, Cordination iséroise de solidarité avec les étrangers migrants, qui regroupe une vingtaine d'organisations associatives (CIIP, CSRA, LDH, APARDAP, La patate chaude) : cisem.isere (at) gmail.com ou 06 87 18 62 24. Vous pouvez également contacter le collectif Morts de rue et Droit au logement Isère.

Pour les femmes à la rue ou menacées d'être expulsées, vous pouvez rejoindre la Maison des femmes au 37 avenue du 8 mai 1945 à Saint-Martin-d'Hères, tous les mercredis de 17h à 19h.