Exilé-e-s : La fin du CAO campus

20/04/2017

Jeudi 27 avril, le Réseau Université Sans Frontière Isère organisait un repas partagé et une fête pour soutenir les migrants, exilés et réfugiés du Centre d'Accueil et d'Orientation du campus, qui ferme définitivement ses portes le vendredi 28 avril. Le but était d'apporter du soutien et du réconfort, noter et garder le contact, aider les migrants à rester unis et solidaires dans la dispersion organisée et orchestrée par la préfecture, alors que leur souhait était de rester ensemble et s'intégrer dans la vie locale sur l'agglomération grenobloise.

Ces dernières semaines, le Réseau Université Sans Frontière Isère avait organisé de nombreuses actions de soutien aux exilés du Centre d'Accueil et d'Orientation (CAO). RUSF Isère avait notamment appelé à envoyer une Obligation de Quitter le Territoire Français au Préfet de l'Isère, dont voici un exemplaire...

Mais au fait, qu'est-ce exactement qu'un CAO ? Pourquoi a-il-fermé ? Que vont devenir les exilés ? Pour en savoir plus, Ici Grenoble a interrogé le Réseau Université Sans Frontière Isère.

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Ici Grenoble : Pourquoi le CAO ferme-t-il le 28 avril ?

Le dispositif des Centres d'Accueil et d'Orientation a été créé de manière temporaire, pour vider les campements du Pas-de-Calais et de la région parisienne. Leur fermeture était prévue au moment de leur ouverture. Ils n'ont jamais eu pour vocation d'être une solution de long terme. C'est pourquoi nos dénoncions déjà l'opération CAO avant son début. L'objectif principal était de disperser les exilé-e-s, de faire disparaitre les campements et les invisibiliser, pas de trouver de réelles solutions d'hébergement.

Pour rentrer dans le détail, rappelons que les CAO dans leur version 2016 (les premiers ont été créés à l'automne 2015) ont été créés dans une grande urgence, sous les pressions politiques locales et médiatiques. 9 000 places ont été créées en septembre 2016, alors qu'en juin il n'était question que de 3 000 places. Cette urgence a causé de nombreux dysfonctionnements, dont l'impréparation des personnels employés pour assurer le suivi des personnes accueillies, mais aussi beaucoup d'incertitudes pour les exilé-e-s ainsi déplacé-e-s.

Cette gestion par l'urgence ne permet pas de trouver des solutions structurelles aux questions qui se posent autour de l'accueil des réfugié-e-s, de leur hébergement, de l'examen de leur demande d'asile, etc. Les bricolages se succèdent, poursuivant la précarisation des demandeurs d'asile : les délais s'allongent pour accéder à la procédure et aux droits qui vont avec.

Les habitants des CAO étaient pour la plupart en procédure avant d'arriver, ils auraient dû être hébergés dans des CADA, des Centres d'Accueil des Demandeurs d'Asile. La tutelle des CAO est passée pendant la période du Ministère du Logement à celui de l'Intérieur : comment comprendre cette évolution ? Une pérennisation est-elle à prévoir ? Économiquement parlant,  c'est assez illogique puisque les CAO coûtent plus cher que les CADA : 25€ contre 19,45€ par jour pour ces derniers.

Quelles sont les perspectives pour la centaine d'exilés accueillis ?

Le 30 avril, au mieux certains seront dispatchés à droite à gauche en France, dans des structures d'hébergement d'urgence déjà encombrées. Pour ceux qui sont déboutés ou sous OQTF (obligation de quitter le territoire français), ils risquent simplement de se retrouver à la rue, d'être expulsés vers l'Italie ou vers leurs pays d'origine.

Qu'espérez-vous obtenir grâce aux mobilisations que vous mettez en place ?

Les revendications des habitants du CAO sont : Rester à Grenoble où ils ont créé des liens, repris des études, etc. ; Annulation des procédures Dublin et suppression de ce dispositif ; Régularisation de tous ; Avoir accès à des cours intensifs de Français.

Pouvez-vous rappeler ce qu'est la procédure Dublin ?

La procédure Dublin empêche les exilé-e-s de demander l'asile ailleurs que dans le premier pays européen dans lequel ils sont passés. Pour beaucoup, c'est l'Italie, qui expulse massivement vers le Soudan, pays dans lequel un retour peut signifier torture, emprisonnement ou mise à mort.

La Préfecture semble-t-elle ouverte à des négociations concernant l'avenir des exilés du CAO ?

La préfecture ne semble pas conciliante. Au contraire, elle est plutôt offensive et fait appel de toutes les décisions gagnées par les avocats des exilé-e-s. Mais il existe des départements, notamment l'Indre et Loire, où toutes les procédures Dublin ont été annulées, c'est donc possible. Nous espérons surtout la création d'un grand réseau de solidarité mobilisable contre toutes les expulsions.

Quelles sont les autres luttes menées par RUSF sur le campus ?

Nous luttons pour un accès effectif au droit à l'éducation pour toutes et tous. Au niveau des étudiant-e-s, nous luttons pour un accès à l'enseignement supérieur, qui passe par des conditions de vie dignes et stables. Étudier dans de bonnes conditions passe nécessairement par la régularisation et un logement. C'est la même lutte au niveau des personnels : régularisation et logement décent. Nous sommes en contact avec d'autres collectifs du RESF, de Droit au Logement, des syndicats.

Comment expliquez-vous votre engagement au sein de RUSF ? Des rencontres ? Des films ? Votre éducation familiale ? Pourquoi êtes-vous sensibles à cette lutte davantage que d'autres étudiant-e-s ?

Au sein du RUSF, nous avons tou-te-s des profils différents : professeurs à l'université, vacataires, étudiant-e-s français et étrangers. Beaucoup de personnes ignorent le parcours du combattant que représente l'administration pour un étranger souhaitant faire ses études en France, ou vivre et travailler en se maintenant en situation régulière. Quand on découvre cette réalité de personnes que nous côtoyons tous les jours, c'est difficile de rester indifférent.

Comment rejoindre RUSF Isère ?

Nous faisons des permanences tous les jeudis de 13h à 15h sur le campus, Université Stendhal, bâtiment A, Salle A011.

Nous vous invitons également à nos deux prochaines soirées :

- Le 30 mars, dès 19H, à E.V.E sur le campus de Saint Martin d'Hères, pour une projection/débat autour du film "On vient pour la visite", avec la réalisatrice Lucie Tourette et le syndicat CGT des travailleurs sans papiers.

- Le 12 avril dès 18h, dans le même lieu, soirée de mobilisation sur la fermeture du CAO avec les exilé-e-s en lutte, repas, échanges, organisation.

Avez-vous des besoins matériels ou financiers particuliers ?

Nous avons besoin de monde, surtout pour porter ces mobilisations !

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RUSF Isère
rusf38@gresille.org

Page facebook du RUSF 38.
tél: 07.69.61.11.12

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Voici également le communiqué des exilés du CAO, du 29 mars 2017 :