Mal-logement : Réquisition puis expulsion rue Auguste Gaché

10/04/2017

Le 15 mars dernier, le "Pavillon canadien", un immeuble de la résidence universitaire du Village-Olympique, prenait feu. Ce bâtiment désaffecté était occupé depuis plusieurs années par des dizaines de personnes sans-abri, dont de nombreux exilé-e-s. Dix-huit personnes ont été blessées et profondément choquées par l'incendie.

Un mois plus tard, sans solution de logement stable, sans proposition des services de l'État, plusieurs des ancien-ne-s occupant-e-s du Pavillon canadien ont décidé de réquisitionner un logement vide, au 1 rue Auguste Gaché, avec le soutien de nombreuses associations. Ils expliquaient leur démarche et lançaient un appel à soutien dans ce communiqué :

"APPEL À SOUTIEN POUR LES EXILÉS DU VILLAGE OLYMPIQUE SANS LOGEMENT

Nous vivons à présent au 1, rue Auguste Gaché. Nous sommes tous des exilés venant de plusieurs pays d’Afrique. Les guerres, la répression politique, les conflits religieux, l’homophobie, l’insécurité et d’autres formes de persécution, nous ont forcé à quitter nos pays. Nous sommes venues en France pour chercher la protection de l’État français. Nous avons choisi la France car c’est un pays de droits comme l’atteste sa devise “Liberté, Égalité, Fraternité”. Nous avions confiance d’y trouver asile.

Cependant, malgré l’obligation de l’État de nous héberger, nous nous sommes retrouvés à la rue. Nous avons dû trouver une solution par nous-mêmes et c’est la raison pour laquelle nous nous sommes installés au squat du VO, où plusieurs d’entre nous ont habité pendant plus de 4 ans. Le 15 mars, un incendie s’est déclaré alors que le bâtiment était privé d’électricité depuis 3 semaines. Le CROUS de Grenoble et la préfecture ont été informés de ces conditions, et surtout des risques de nous laisser vivre sans électricité. Malgré nos informations et nos demandes, rien n’a été fait pour améliorer la situation.

Dans l’urgence, des solutions de relogement temporaires ont été proposées par la ville de Grenoble : d’abord dans un gymnase puis dans des hôtels pendant 3 semaines. La suite reste incertaine.

Sans solution pérenne d’hébergement proposée par l’État, nous avons décidé d’occuper illégalement un nouveau lieu pour y vivre. Ensemble, nous avons fait ce choix pour dénoncer la non-prise en charge de l’hébergement par l’État, qui ainsi, veut décourager les étrangers de demander l’asile en France.

Notre acte est illégal, tout comme l’action de l’État qui ne nous héberge pas. Notre décision est pourtant légitime car nous avons droit, comme toute personne, à vivre sous un toit. Nous voulons rappeler que parmi nous vivent des familles, des enfants, des femmes seules.

Nous cherchons aujourd’hui votre mobilisation pour dénoncer à nos côtés cette situation inacceptable. Nous avons besoin de soutien pour protéger notre nouveau lieu d’habitation car il constitue la seule solution de hébergement pour nous.

Avec le soutien de : RESF 38, RUSF 38, Assemblée des Mal-Logé-e-s des Locataires et des Sans-Toits, Solidaire Isère, Centre LGBTI, A Jeu Égal, DAL 38, Logement Hébergement, CISEM, CSRA, CIIP, Patate Chaude, CGT Sans-Papiers 38, ADA, CNT SSCT 38, CNT STICS 38, Bloc 3, FUIQP 38, CDATM, LIFPL, Ras l’Front 38, LDH Isère"

Finalement, mardi 11 avril après-midi, plusieurs cars de CRS et la police nationale ont brutalement expulsé les ocupant-e-s, puis muré le bâtiment, malgré les protestations de plusieurs associations et de voisin-e-s solidaires. Le 1 rue Auguste Gaché appartenait à une société de spéculation immobilière (SCPI Renovalys, groupe dépendant de EIFFAGE) et était vide depuis des années. Des dizaines de personnes se retrouvent une nouvelle fois sans toit, tandis que des milliers de logements sont vides à Grenoble.

Pour participer aux luttes contre le mal-logement, vous pouvre rejoindre chaque vendredi l'Assemblée des Mal-logé-e-s.