Le retour du Dieselgate

16/09/2017

Nouveau rebondissement autour du Dieselgate, l'un des plus grands scandales industriels et sanitaires des années à venir. Après Renault et Volkswagen, la Direction de la répression des fraudes publie un rapport accablant sur le trucage de dispositifs antipollution des moteurs diesel dernière génération du groupe PSA.

À Grenoble, les moteurs diesel truqués pourraient expliquer le manque d'efficacité de la circulation différenciée lors des pics de pollution... et relancer ce débat : les vignettes antipollution sont-elles bidons ?

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Pour celles et ceux qui n'ont pas suivi les récentes révélations autour du Dieselgate, résumons les faits :

Tout a commencé en 2014 aux États-Unis. Cette année-là, l'association ICCT et l'Université de Virginie-Occidentale décident de mesurer les pollutions émises par une quinzaine de moteurs diesel dernière génération, en condition réelle d'utilisation. Résultat ? Plusieurs véhicules dont des Volkswagen dépassent largement les normes légales, alors même que la firme vient de lancer une campagne publicitaire vantant ses "diesel propres". Suite à ces révélations, l'Agence de protection de l'environnement (EPA) décide de poursuivre le constructeur allemand.

Un an plus tard, le groupe Volkswagen reconnaît publiquement avoir équipé des millions de véhicules d'un logiciel destiné à frauder les tests d'homologation, depuis 2009, aux États-Unis comme en Europe. Ce logiciel est capable de reconnaître si la voiture est en test ou sur la route. Il permet de limiter momentanément l’émission de gaz polluants, le temps que le modèle reçoive son homologation. Le logiciel se désactive ensuite, et le moteur libère dans l’atmosphère jusqu’à 40 fois plus d'oxyde d’azote.

Et en France ?

Début 2016, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) démarre enfin des investigations sur le sujet. Les premiers résultats sont atterrants. Les enquêteurs soupçonnent notamment le constructeur Renault d’avoir truqué ses moteurs diesel depuis plus de vingt-cinq ans. Près de 850 000 véhicules, dont les modèles récents Captur, Clio IV, Talisman ou Kadjar, pourraient être équipés de logiciels truqueurs. Une perquisition début janvier 2017 au siège du groupe Renault révélait des échanges de mails compromettants au sein de la direction.

Début septembre 2017, le journal Le Monde révèle le contenu de l'enquête judiciaire pour "tromperie aggravé" visant le groupe PSA. Le rapport d'enquête affirme que ce constructeur a eu une "stratégie globale visant à fabriquer des moteurs frauduleux, puis à les commercialiser." Au lieu d'investir dans le développement d'un moteur conforme à la réglementation, PSA aurait intégré un dispositif permettant de modifier le comportement du moteur lors des tests d'homologation. Selon la recension effectuée par la DGCCRF, plus d'1,9 millions de moteurs diesel dernière génération PSA seraient concernés.

Le constructeur Fiat-Chrysler est également visé par une enquête judiciaire du Parquet de Paris. À moins que le dossier ne soit enterré par des manoeuvres au plus haut sommet de l'État, des révélations spectaculaires sont attendues dans les mois et années à venir.

Le Dieselgate concerne également les camions circulant sur nos routes. Nombre d'entre eux seraient équipés de boitiers électroniques illégaux permettant de désactiver les dispositifs antipollution. En Allemagne, selon une enquête de la chaîne de télévision ZDF, 20% des poids lourds en provenance d’Europe de l’Est seraient probablement équipés de ce dispositif.

Les conséquences sanitaires de ce scandale industriel donnent le vertige. Selon une étude publiée début mai par la revue Nature, les émissions produites par les véhicules diesel au-delà des limites affichées par les constructeurs auraient provoqué des milliers de morts prématurées en France ces dernières années, 38 000 dans le monde rien qu'en 2015.

Et à Grenoble ?

Les récentes révélations du Dieselgate pourraient remettre en question le dispositif antipollution mis en place depuis décembre 2016 : l'interdiction de circulation des vieux moteurs diesel lors des pics de pollution.

Pour rappel, depuis janvier 2017, chaque véhicule de l'agglomération doit afficher sur son pare-brise un ''certificat de qualité de l’air''. Baptisé ''Crit’Air'', ce dispositif obligatoire à partir du premier juillet prochain comprend cinq vignettes classées de 1 à 5 en fonction du carburant et de l'âge de l'auto.

Concrètement, à partir du cinquième jour d’un pic de pollution, les véhicules diesel immatriculés avant 1997 sont interdits de circulation. À partir du septième jour, l'interdiction concerne tous les diesel immatriculés avant 2005, soit environ un quart des véhicules de l'agglomération.

Fin mars, l'association Atmo publiait un premier bilan de cette mesure présentée comme une innovation majeure en France, bien qu'elle pénalise les foyers les plus pauvres. Théoriquement, les particules émises par les transports routiers auraient dû diminuer de 34%. Dans les faits, la pollution n'a baissé que de 8%. Les autorité pointent du doigt le non-respect des consignes par les automobilistes. Et si c'était plutôt le Dieselgate ?

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Pour en savoir (beaucoup) plus, nous vous recommandons l'émission Secret d'infos de France Inter : Dieselgate, les méthodes fumeuses de Renault.