L'appel estival du Patio Solidaire

17/07/2018

Une bonne nouvelle pour le Patio Solidaire et les 70 réfugié-e-s hébergé-e-s sur le campus de Saint-Martin-d'Hères : l'Université Grenoble Alpes s'est engagée à ne pas demander l'expulsion du refuge autogéré cet été. La situation est cependant loin d'être simple pour le Patio et ses habitant-e-s. Voici leur "appel estival", qui fait le point sur la situation et les besoins les plus urgents d'ici la rentrée :

"Un retour sur les dernières semaines au Patio Solidaire !

- Le vendredi 22 juin dernier s’est tenu le Conseil d’Administration de l’Université. Un rassemblement de soutien au Patio Solidaire était organisé en marge de la réunion et une délégation d’habitants et de soutiens s’y est rendue. L’Université a fait part de sa décision de maintenir le Patio au-delà du 30 juin (!)

- Le week-end du 23 et 24 juin, nous avons fêté l’anniversaire des 6 mois du Patio Solidaire, avec au programme une rencontre-débat, un repas de grands chefs, un concert et un tournoi de foot. Un grand merci à toutes celles et ceux venus partager ces moments avec nous !

- Le vendredi 29 juin, le Le 38 centre social tchoukar a accueilli une belle soirée de soutien au Patio Solidaire, à base de théâtre, de concert de rap et de gros repas ! Merci à eux, merci aux coorganisateurs, et à toutes les personnes présentes !

- Le mardi 3 juillet, une assemblée générale était organisée au Patio, en présence des habitant.e.s et de membres de l’administration. Les engagements de l’Université concernant l’avenir du Patio ont été réitérés : aucune expulsion n’aura lieu cet été. Jusqu’au mois de septembre, une réunion devrait avoir lieu chaque semaine entre membres de l’administration et délégation du Patio.

Si l'annonce d'une prolongation du Patio représente un soulagement pour ses habitant.e.s, lesquels demeurent sans autres solutions de logement, cela signifie également qu'ils resteront encore plusieurs semaines dans des conditions de vie réellement indignes. Sans cuisine, sans douche à proximité, et contraints à une immense promiscuité. Certains rétorqueront que "c'est mieux que la rue". Certes. Mais cela n'en est pas moins insupportable, et contraire à tous les principes dont la France et ses patriotes se targuent d'être les ambassadeurs.

Pour les demandeurs d'asile, au Patio comme ailleurs, aucune vacance d'été ne viendra rompre avec l'angoisse et l'attente. Aucun moyen de se déconnecter l'espace de quelques jours de la procédure Dublin, de souffler sur l'incertitude.

Aujourd'hui le campus de Grenoble est désert, et seuls ses nouveaux habitants arpentent ses sentiers bétonnés. Les visites se font plus rares, tous commes les activités qui ont rythmées la vie du Patio durant plusieurs mois : ateliers d'échanges linguistiques, cours de théâtre, ateliers d'écriture politique, d'informatique, de maths...

Ceci est donc une invitation à rencontrer le Patio de nouveau. À mêler quelques instants nos sourires, à partager nos savoirs, nos envies et notre force.

Que la solidarité ne soit pas qu'un mot dans nos textes, mais un élan dans nos vies."

* * *

Vous n'avez jamais entendu parler du Patio Solidaire ? Voici un rappel des épisodes précédents :

1. Révolté-e-s de voir des réfugié-e-s dormir dans le froid au parc Mistral, le collectif Tambrouille, des étudiant-e-s et l'association Droit Au Logement décident d'occuper des salles de l'Université le 4 décembre. Après négociations avec la présidence de l'Université, une soixantaine de réfugié-e-s obtiennent l'autorisation d'utiliser 120 m2 de locaux chauffés, rebaptisés le Patio solidaire.

2. La présidence de l'UGA souhaite évacuer les locaux le 22 décembre. Pour tenter des négociations, une délégation d’habitant-e-s du Patio solidaire part rencontrer le préfet lundi 18 décembre. Résultat ? La Préfecture ne promet que de l'hébergement d'urgence précaire et propose seulement d’envoyer la police, si l’Université le demande, vendredi 22 décembre, pour expulser les habitant-e-s du Patio.

3. Le collectif du Patio solidaire refuse de quitter les lieux : il dénonce la précarité des dispositifs étatiques et les contrôles policiers fréquents dans les centres d'hébergement d'urgence. Rien ne remplace la chaleur humaine et la force collective d'un lieu autogéré, comme en témoignent les revendications politiques publiées par les occupant-e-s.

4. La présidence de l'UGA accepte finalement l'occupation du Patio solidaire pendant les fêtes, sous réserve d'absence de troubles de l'ordre public. Puis, fin décembre, le Conseil d'Administration de l'Université vote le maintien du Patio jusqu’au 31 mars 2018. En mars, le Patio solidaire a réussi à maintenir l'hébergement des réfugié-e-s tant que de meilleures solutions de logement n'ont pas été trouvées. L'Université Grenoble Alpes s'est engagée à ne pas demander l'expulsion du lieu d'ici le mois de juin, puis d'ici septembre.

5. Une pétition de soutien a rassemblé plus de 1300 signatures. Pour la signer, c'est ici.

6. Le Patio solidaire a mis en place une "salle de cours autogérée" : Chacun-e peut venir y proposer des partages de savoir (cours de langue, histoire, bricolage, soutien administratif...).

7. Vous souhaitez soutenir matériellement le refuge ? Les habitant-e-s du Patio ont besoin de denrées alimentaires (pâtes, riz, farine, oignons, pommes de terre, sucre, conserves, etc), de vêtements (chaussures, pantalons, T-shirt), de produits de première nécessité (savon, produits d’hygiène) et de bouteilles de gaz.

Le Patio solidaire se situe dans le sud-est du campus, rue des résidences : il faut suivre les fléchages "Le Patio", au sud de la bibliothèque universitaire et de l'Amphi G du CLV. Voici également un plan :

Voici le texte présentant le pourquoi et le comment de la "réquisition" initiale de l'amphi :

"Réquisition des locaux de l’Université pour le logement de touTEs !

Aujourd’hui lundi 4 Décembre, l’amphithéâtre G du bâtiment CLV de l’Université à été réquisitionné : Le but est d'interpeller les pouvoirs publics sur le non respect des procédures d'hébergement. C’est plus de 2000 personnes sur l’agglomération grenobloise qui sont actuellement privées d’un toît alors que 10 000 logements sont vides.

Les associations, syndicats, migrantEs en appellent au respect de la loi. Alors que les températures descendent sous la barre des -5 degrés il est impossible de laisser des individus dehors !

A l'échelle nationale, plusieures villes voient également apparaître des mouvements de solidarité avec occupation par exemple : Lille, Clermont-Ferrand ou encore Lyon.

Nous rappelons les obligations de l’Etat en matière d'hébergement, réglementé par le code de l’action sociale et des familles, notamment en période hivernale.

Les revendications sont claires :

- le relogement immédiat de manière pérenne de toutes les personnes occupant ces locaux universitaires.

- Les pouvoirs publics doivent appliquer leur devoir : application des lois de réquisition de tous les logements vides pour leur mise à disposition aux personnes sans logements.

- Les municipalités, l’université et la métro doivent se positionner en soutien à cette action.

- Nous appelons la direction de l’Université Grenoble Alpes à démontrer sa solidarité en refusant de faire usage de la force et ne mettant en place aucune expulsion.

- Le Crous doit également garantir le respect de la trêve hivernale pour les étudiantEs en résidence universitaire.

*Premiers signataires : DAL 38, assemblée des mal logéEs, la Patate chaude, CISEM, la Tambrouille, CNT educ 38, CNT superieur recherche 38, CGT FERC SUP Grenoble , UNEF Grenoble, Solidaires étudiantEs, NPA JEUNES"