Zoom sur le Café polyamoureux de Grenoble

02/05/2014

Jeudi 3 mai à 20h, le Lokal autogéré accueille le second Café polyamoureux de Grenoble, au 7 rue Pierre Dupont. Comment est née cette idée ? Qu'est-ce que le polyamour ? Quelles sont les différences avec le libertinage ? Quels sont les buts de cette soirée ? Comment se déroulera-t-elle ? Qui peut venir ? Pour en savoir plus, Ici Grenoble a interrogé Edgar, à l'origine de cette rencontre.

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Ici Grenoble : Comment est née l'idée de proposer un Café polyamoureux sur Grenoble ?

Edgar : J'ai passé six années à Lyon, durant lesquelles j'ai régulièrement participé à des cafés polyamoureux. Je souhaitais retrouver ce genre d'espace de paroles en emménageant sur Grenoble, et ce n'était pas le cas. Alors j'ai décidé de m'occuper de le proposer, en m'inspirant largement de celui de Lyon.

Il y a aussi de ma part une volonté de faire se questionner les gens sur la norme monogame, qui est aussi généralement centrée sur la famille hétérosexuelle nucléaire, avec l'encouragement à avoir des enfants "naturels".  Je souhaite créer du questionnement sur notre participation active à la reproduction et surtout à l'injonction envers les autres de ces normes, à travers nos relations interpersonnelles.

Comment définiriez-vous le polyamour ?

Le polyamour, c'est la possibilité de vivre des relations affectives, avec une dimension amoureuse et/ou sexuelle, plurielles et simultanées. C'est le fait de l’affirmer, de le revendiquer, et de ne pas le cacher aux divers-es partenaires. Les notions clés du polyamour, ce sont la transparence et la non-exclusivité.

Si c'est possible, si les gens y sont prêt-es, j'aimerais faire émerger ces questionnements, et évoquer une autre notion : l'anarchie relationnelle. Je ne l'ai volontairement pas mentionné dans la communication, pour éviter d'effrayer les "novices" et que le café devienne une réunion entre-soi de pur-e-s et dur-e-s libertaires. Ce qui m'intéresse, c'est de faire se rencontrer des univers et des points de vue, pas de me ou de nous conforter dans des idées a priori nobles, modernes, libératrices ou je ne sais pas trop quoi.

Connaissez-vous des habitant-e-s de l'agglomération grenobloise qui vivent des situations de polyamour stables et heureuses sur la durée ? Si oui, qu'est-ce qui vous semble être les "ingrédients" les plus déterminants pour que chacun-e se sente heureux/ses dans cette relation multiple ?

Je ne connais pas de gens dans la région grenobloise qui vivent des relations stables et heureuses sur la durée. J'en connaissais quelques-un-es sur Lyon. Je tiens néanmoins à souligner que je ne fais en rien l'apologie des relations durables. Je cherche aussi à questionner ce réflexe systématique d'associer la durée à la qualité de la relation.

Pour ce qui est des ingrédients, je vous répondrai qu'il n'y en a pas, si ce n'est peut-être la VRAIE communication, l'écoute active... Mais là encore, je n'organise pas ce café pour donner des réponses toutes faites aux gens. Je ne sais rien de plus qu'eux et que vous. J'invite les gens à réfléchir par eux-mêmes. J'espère simplement que les échanges serviront aux gens de miroirs pour se révéler à eux-mêmes, les un-e-s avec les autres.

Par expérience, nous avons observé des personnes, notamment dans les milieux dits "libertaires", qui mettent en avant les  belles idées de polyamour, mais qui dans les faits pratiquent surtout le libertinage inégalitaire, le consumérisme amoureux, le libéralisme relationnel, avec beaucoup de tristesse et de drames affectifs à la clef. N'avez-vous pas peur, en créant un espace public pour échanger sur le polyamour, d'attirer ce type de personnalités dominatrices ?

Je n'ai pas peur de quoi que ce soit... C'est une première, et il faut bien essayer quelque chose. J'envisagerai par la suite d'autres formes, d'autres stratégies, d'autres mixités pour peut-être éviter des problèmes en interne. Mais honnêtement, des personnalités dominatrices, dans le monde hétéronormé, et où le couple monogame fidèle est le seul modèle possible et même pas consenti entre les personnes, parce que "c'est comme ça", ça en est truffé aussi.

Dans nos sociétés capitalistes, la domination est partout, et je ne pense pas que ce soit en essayant de faire un tri à l'entrée que je parviendrai à l'éradiquer. Je n'ai justement pas envie de me positionner en savant qui va apprendre aux autres incultes ou je ne sais pas trop quoi. À ce titre, je ne me donne pas le droit de chercher à dominer la situation...

Plusieurs d'entre nous ont déjà lu des livres sur le polyamour : Au delà du personnel de Corinne Monnet et Léo Vidal, Aimer plusieurs hommes de Françoise Simpère, ou encore Vertu du polyamour d'Yves-Alexandre Thalmann. Auriez-vous d'autres ouvrages à conseiller sur le polyamour ?

Je n'ai lu aucun livre à propos du polyamour. Mon seul bagage est mon vécu et mes échanges avec les autres. Je dirais malgré tout que la personne qui m'a le plus invité à réfléchir à ce sujet est Krishnamurti, notamment dans son livre Amour, sexe et chasteté.

Comment va se dérouler le Café ?

Je présenterai les buts et les axes du Café, puis je proposerai un "tour de cercle" (si on peut s’asseoir en cercle) où chacun-e pourra se présenter librement en 2 minutes. Un second "tour de cercle" permettra à chaque personne qui le souhaite d'évoquer une question ou un sujet précis dont elle aimerait discuter avec les autres. Je récapitulerai les grandes questions ayant émergé et suggèrerai que les gens se répartissent en petits groupes, en ne dépassant pas 5 personnes par  groupe pour faire une place aux plus timides et limiter la reproduction des rapports de domination.

À la fin, on reformera le cercle général : chaque personne sera libre de prendre la parole (ou non) pour partager son ressenti, son appréciation (ou sa déception), une réflexion évoquée qu’elle a envie de transmettre.

J'espère arriver par le Café polyamoureux à initier un climat de curiosité saine et de non-jugement au travers de ces discussions, qui n'ont absolument pas vocation à devenir le ministère du polyamour comme nouvelle norme à imposer.

Est-ce que des personnes intriguées par les questions de polyamour, mais qui n'ont jamais vécu cette expérience, peuvent venir au Café ?

Toute personne est la bienvenue. Ce n'est pas un café pour les personnes qui se revendiquent polyamoureuse, mais pour n'importe qui que ça intéresse. Je n'ai même pas mis de limite d'âge particulière. D'ailleurs, il y a des gens qui viennent avec leur bébé.

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Pour aller plus loin sur les questions d'amour et de polyamour, Ici Grenoble vous recommande :

- Le livre Au-delà du personnel de Corinne Monnet et Léo Vidal, disponible en libre téléchargement ici.

- L'article Peut-on aimer une société qu'on haït ?, une réflexion politique sur l'amour disponible ici.