Zoom sur le festival Les Dérangeantes

20/02/2018

Du 1er au 30 mars, le Planning Familial de l’Isère organise la 4ème édition du festival de cinéma gratuit Les Dérangeantes : 12 projections-débats dans différents quartiers de Grenoble, 12 films centrés sur la place des femmes dans la société.

Pour en savoir plus sur les origines et le sens de ce festival, Ici Grenoble a interrogé Pascale, co-organisatrice des Dérangeantes.

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Ici Grenoble : Organiser des projections dans autant de lieux différents nécessite une sacrée organisation humaine et technique. Par qui est porté le festival ?

Pascale : Le festival est portée par six conseillères du Planning familial. Nous travaillons sur les différents quartiers de la ville de Grenoble, Mistral, Villeneuve, Village Olympique, Teissère, Abbaye et Vieux temple. Nous avons des espaces Planning Familial dans les Maison Des Habitants, et nous avons de nombreux partenaires sur le terrain. Nous nous appuyons sur le partenariat pour faire vivre le festival. Les projections se font dans les MJC, Bibliothèques, salles de spectacle, MDH... Les partenaires et des bénévoles du Planning participent à l'animation de petits groupes, pour que les discussions soient riches après les projections.

Comment est née l'idée des Dérangeantes ?

Quand je suis arrivée sur le quartier Mistral, il y avait depuis plusieurs années une projection-débat le 8 mars, la journée internationale des droits des femmes. Vu les problématiques que nous rencontrons dans notre quotidien, et tout ce qu'il reste à conquérir pour que nous puissions parler d'égalité, une projection semblait bien peu... D'où l'idée de mettre à l'honneur les femmes et leur place dans la société à partir de diffusions de films suivies de discussions au cours du mois de mars. Et cela fait maintenant 4 ans...

Comment décidez-vous du choix des films ?

Certaines années, nous avons travaillé avec les habitantes, mais cela nécessitait de nombreux ateliers et donc un investissement financier important que nous ne pouvons pas assumer. Le festival a grandi, il est implanté sur 4 secteurs de la ville depuis l'année dernière, mais les financements ne se sont pas multipliés, eux. Cette année nous avons donc réuni nos partenaires, et nous avons choisi un corpus de films qui a été regardé puis discuté. Nous souhaitons être vigilantes pour ne pas stigmatiser des communautés, et bien regarder les questions de dominations aussi ici, en France.

Quelle est votre sélection de films et les thèmes qui seront abordés cette année ?

Cette année, les questions de sexisme et de racisme sont mises à l'honneur avec l'excellent documentaire d'Amandine Gay "Ouvrir la voix" et avec "Les figures de l'ombre" de Théodore Melfi.

Nous aborderons de nombreuses autres thématiques comme :

- la précarité dans l'emploi à travers le film "Louise Wimmer"
- le parcours du combattant des femmes dans la sphère scientifique et la nécessité de surmonter quantité d'obstacles sexistes ou purement racistes dans "Les figures de l'ombre"
-  la double difficulté d'être femme ET noire en France en 2018 à travers le documentaire "Ouvrir la Voix"
-  l'impossibilité d'être mère jeune et seule dans la très catholique Irlande à travers "Philomena"
-  le parcours de vie mouvementé de femmes issues de l'immigration qui ont su bousculer leurs traditions et les interdits de la société française des années 70, pour gagner leur liberté, à travers le documentaire "Nos mères, nos daronnes"
-  le combat d'une fille qui s'affranchit du rôle que la société veut lui assigner, à travers le film "La jeune fille et son aigle"
- et enfin l'existence de mouvements d'actions directes féminins qui ont permis la conquête de droits fondamentaux à travers le film "Les suffragettes"

Pourquoi organiser un festival décentré dans différents quartiers de Grenoble ?

C'est lié au fait que nous travaillons sur ces quartiers.

Au sein de l'équipe des Dérangeantes, y-a-t-il d'autres films qui ont été des sortes de "déclic féministe" pour vous, des films qui ont changé votre façon de voir le monde, d'autres films que vous aimeriez conseiller à nos lecteurs-trices ?

"Ne dis rien" est un film assez dur sur la violence conjugale, et qui a souvent permis de lever le voile sur une question tue, qui se passe en huit clos. On se rend compte que cela n'est pas si simple de partir quand il y a des sentiments.

La discussion suite à la projection du film "Les femmes du Bus 678" de Mohamed Diab a aussi été révélatrice : De nombreuses jeunes femmes ont dans un premier temps répondu par la négative à la question "Est-ce que cela pourrait se passer en France?". Puis une première a raconté et les autres ont petit à petit pris conscience du harcèlement qu'elles vivaient dans leur quotidien. Toutes ont fini par dire que oui le harcèlement était le lot de toutes les femmes. Cela résonne avec toutes les révélations de l'année 2017.

Un dernier mot ?

Oui, j'aimerais reprendre le texte que nous mettons en avant sur nos flyers : "Parce que les filles et les garçons sont éduqués différemment, parce que les filles sont les premières victimes du chômage et des bas salaires, parce que seulement 14 % des mairies sont dirigées par des femmes, parce que le viol est une technique d'anéantissement des femmes, parce qu'une femme meurt tous les deux jours sous les coups de son conjoint, parce que l'égalité entre les hommes et les femmes reste à conquérir...  Il y a "Les Dérangeantes" !"

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Festival Les Dérangeantes

Après chaque projection aura lieu, pour celles et ceux qui le souhaitent, une discussion en petits groupes.

Programmation détaillée sur l'agenda d'Ici Grenoble et sur le site du Planning Familial