Zoom sur le CHUM de Veynes

11/05/2018

Aujourd'hui, Ici Grenoble vous propose un zoom sur une action de solidarité exceptionnelle au sud de Grenoble, le Centre d'Hébergement d’Urgence pour Mineurs exilés (CHUM) de Veynes, près de Gap. Comment fonctionne ce lieu autogéré ? D'où viennent et que font les mineurs accueillis ? Quels sont les besoins les plus urgents ?

Pour en savoir plus, Ici Grenoble a interrogé Marguerite, l'une des permanentes du CHUM.

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Ici Grenoble : Quand et comment est né le CHUM autogéré de Veynes ?

Marguerite : Le projet est né durant l'été 2017, pour répondre à une situation d'urgence. Depuis la fermeture de la frontière dans la vallée de la Roya, de nombreux migrant-e-s passent par le col de l'Échelle, dans les Hautes-Alpes. Ils cherchent refuge à Briançon, à Gap et dans les villes de la vallée. Parmi eux, il y a des mineurs de 14 à 17 ans. Normalement, le Conseil Départemental doit les accueillir, leur offrir au moins un hébergement d'urgence.

C'est effectivement ce que dit la loi. En France, toute personne mineure isolée doit être protégée, logée, nourrie et scolarisée, quel que soit son statut juridique.

Pourtant, à Gap, le Conseil Départemental rejette les demandes de jeunes migrants. Certains sont reconnus comme mineurs et dirigés vers des centres relevant de l’Aide Sociale à l’Enfance. Pour beaucoup, leur statut de mineurs n’est pas reconnu et ils se retrouvent à la rue, dans une précarité totale. À Veynes, un collectif informel s'est créé pour trouver des solutions d'urgence, ici et maintenant. Le collectif a décidé d'occuper et de remettre en état une grande maison vide et abandonnée depuis une dizaine d'années : la maison des chefs de gare, près de la gare de Veynes. Le 6 septembre 2017, le CHUM est né.

 

Le CHUM est donc un squat ?

Oui. La maison appartient à la SNCF.

Que propose le CHUM ?

Nous avons une capacité d'accueil d'environ 20 places, pour des migrants de 14 à 17 ans. Nous proposons un toit, des repas, des conseils, des soins et du soutien administratif. Nous organisons également des activités collectives, du théâtre, des cours de français, des sorties...

Depuis septembre, combien de mineurs avez-vous reçu ?

Plusieurs centaines. Certains restent quelques jours, le temps de reprendre des forces. Certains sont là depuis le début, en attente d'un recours administratif. D'autres restent quelques semaines, le temps de trouver des solutions plus durables, une famille d'accueil par exemple.

D'où viennent ces mineurs isolés ?

Ils viennent principalement d'Afrique de l'Ouest, du Sénégal, du Cameroun, de la Guinée Conakry, du Mali, de la Côte d'Ivoire...

Il n'y a pas de femmes ?

Si, une fois, nous avons accueilli une femme mineure isolée. Mais cette situation est rarissime.

Pour quelles raisons ces jeunes migrants se retrouvent-ils en France ?

Il n'y a pas vraiment de profil type, mais la plupart étaient en situation de grande pauvreté dans leur pays. Ce sont souvent des drames personnels qui les ont fait partir : des décès familiaux, des accidents, la perte de tout ce qu'ils avaient... Certains ont fait des études, parfois jusqu'à l'Université, mais ont dû abandonner faute d'argent. Ils espérent reprendre des études en France, obtenir un diplôme et repartir chez eux. D'autres sont venus dans l'espoir d'être scolarisés. D'autres, encore, étaient installés en Italie mais sont tombés malades et n'avaient aucun accès aux soins : ils viennent en France dans l'espoir d'être soignés. Il y a beaucoup de situations différentes.

Comment les mineurs ont-ils connaissance du CHUM ?

Ils sont souvent dirigés vers nous par d'autres association d'accueil de migrants comme la Cimade, le réseau Welcome ou la maison Cézanne. Nous savons aussi que le numéro du CHUM est vendu par des passeurs en Italie.

Comment fonctionne le collectif de soutien ?

Nous sommes actuellement une dizaine de permanent-e-s. Nous nous réunissons au moins une fois par semaine. Chaque mineur a également une personne référente, qui le soutient dans ses démarches. Beaucoup de mineurs sont cependant très autonomes. Certains ont démarré leur périple à 13 ans ! Ils ont traversé l'Afrique du Nord, la Méditerranée, l'Italie...

Comment réagit la mairie de Veynes ?

La mairie est plutôt hostile à notre projet. Mais il y a comme une sorte de règle tacite autour du CHUM : tant qu'il n'y a pas de soucis avec les mineurs au village, la police et les autorités nous laissent tranquilles. Nous avons aussi le soutien de nombreux habitant-e-s.

Le CHUM est un squat qui appartient à la SNCF. Avez-vous des menaces d'expulsion ?

Oui. La SNCF a porté plainte. Nous passons en procès le 6 juin à Gap. Ce procès s'annonce compliqué, vu que les habitants du CHUM sont des mineurs dont la plupart sont en attente de recours juridiques auprès du juge des enfants. En tout cas, nous avons reçu du soutien de nombreux cheminots, en particulier de Marseille.

Quels sont vos principaux besoins ?

Nous sommes à la recherche de familles d'accueil partout dans la région, même pour une journée, ne serait-ce que le temps d'un recours administratif. Nous avons aussi besoin de nourriture, de cahiers, de vêtements, de dons financiers pour faire fonctionner le Centre.

Qui contacter, au CHUM, pour apporter des dons ou se proposer en famille d'accueil ?

Le mieux est d'appeler Mathilde au 07 71 24 07 06.

Un dernier mot ?

Oui. Il y a beaucoup d'idées fausses qui circulent autour des migrants. Les rencontrer, passer du temps ensemble, s'organiser avec eux, c'est beaucoup plus que de l'aide. J'étais déjà politisée avant, mais maintenant j'ai l'impression d'être dans le concret, de comprendre beaucoup mieux la situation. Ce que j'ai envie de dire, c'est : venez à la rencontre des migrants !

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CHUM de Veynes
Ancienne maison des chefs de gare
Près de la gare de Veynes
https://chum05.wordpress.com
07 71 24 07 06 (Mathilde)

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Rappelons qu'à Grenoble, le Patio Solidaire a également réquisitionné un lieu pour accueillir des migrants et des personnes sans domicile.

Voici également un panorama des réseaux d'hospitalité pour les demandeurs et demandeuses d'asile en Isère.