Récit : Une Grenobloise à Passamontagna

19/06/2018

Du 8 au 10 juin dernier, une grande marche itinérante contre les frontières a rassemblé plus de 200 personnes près de Briançon : Passamontagna. Trois jours de marche autour de la frontière franco-italienne, de débats et de rencontres avec des habitant-e-s, des migrant-e-s et des bénévoles qui soutiennent les réfugié-e-s. Garance, une Grenobloise membre du Patio Solidaire, faisait partie des marcheuses. À son retour, Ici Grenoble lui a posé quelques questions...

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Ici Grenoble : Quels étaient les objectifs de Passamontagna ?

Garance : La marche de Passamontagna a été organisée suite à une première marche le 22 avril contre la militarisation des frontières. Lors de cette marche d'avril, trois militants ont été arrêtés à Briançon et risquent désormais la prison. De plus, en à peine un mois, trois personnes sans papiers ont été retrouvés mortes dans les montagnes à cause de la répression policière. L'un des principaux objectifs de Passamontagna était donc de réunir beaucoup de monde pour montrer notre solidarité aux sans-papiers qui risquent beaucoup en passant la frontière. Pour réellement les soutenir et dépasser l'idée de frontières, il a été décidé de ne pas prendre nos papiers d'identité, ou de les cacher pendant toute la durée de Passamontagna.

Le but de Passamontagna était aussi de montrer aux Générations Identitaires et à la police aux frontières qu'ils ne seront pas les seuls à occuper les montagnes cet été. Nous continuerons à lutter en apportant notre soutien aux bénévoles de Briançon et de la région, et nous organiserons de nouveau des marches.

Quel a été pour toi le moment le plus marquant de Passamontagna ?

Ce qui m'a le plus marqué, c'est le moment où nous étions redescendus du Col de l’Échelle. Nous marchions sur la route, et une personne migrante était partie sur le côté pour se soulager. À peine s'est-elle écartée qu'une voiture de police a surgi d'un petit chemin sur la gauche et deux policiers ont tenté de poursuivre la personne pour la contrôler. Les 200 marcheurs et marcheuses ont très bien réagi, en se précipitant vers les policiers pour les faire fuir. Ce contrôle était d'une absurdité totale, j'ai mis du temps à réaliser que cela s'était vraiment passé. Mais au moins, notre réaction collective a montré qu'il y avait une réelle solidarité entre nous !



Avez-vous subi des répressions policières ?

La surveillance policière était massive, avec des prises de photos, un hélicoptère, une voiture qui suivait de près la marche et des camions de CRS nombreux à notre arrivée à Briançon. Mais à ma connaissance, il n'y a pas eu d'affrontements particuliers. En arrivant sur Briançon, nous avons choisi de passer par les chemins et de se séparer des quelques véhicules que nous avions pour éviter une répression policière.

Comment réagissaient les habitant-e-s que vous croisiez ?

Les gens étaient plutôt solidaires et accueillants, mais il y en a tout de même qui filmaient, alors que les militants de Passamontagna avaient bien précisé que nous ne voulions pas être filmés et pris en photo. Certain-e-s habitant-e-s ne semblaient pas en accord avec les revendications de la marche.



Pour des personnes qui, cet été, souhaiteraient participer aux luttes et au soutien des migrant-e-s sur la frontière franco-italienne, vers quels lieux collectifs ou quelles associations se diriger ?

Autour de Briançon, il y a trois lieux importants : un en Italie et deux en France. Du côté italien, beaucoup de migrants passent par Clavières, un village tout proche de la frontière, juste avant Mont-Genèvre. Beaucoup de bénévoles y sont mobilisés en ce moment, notamment dans une église appelée "Chez Jésus". Cette église sert de lieu d'hébergement provisoire.

Ensuite, du côté français, il y a le Collectif Refuge Solidaire, qui se trouve à côté de la MJC de Briançon. Ce refuge est en partenariat avec la Communauté de Commune du Briançonnais et Médecins du Monde. Ils ont un site internet où sont précisés tous les besoins et toutes les informations nécessaires pour un bénévole nouveau qui voudrait aider.

Enfin, toujours à Briançon, il y a aussi un lieu squatté, "Chez Marcel", où les personnes peuvent rester un peu plus longtemps qu'au Refuge Solidaire. C'est un espace autogéré sur les hauteurs de la ville. Il accueille des sans-papiers mais aussi parfois des bénévoles qui viennent aider quelques jours. Pour les associations, il est aussi possible de rejoindre la dynamique "Tous Migrants".



À titre personnel, qu'est-ce qui a déclenché ta volonté de participer à Passamontagna, mais aussi aux luttes du Patio Solidaire à Grenoble ?

La question de la migration m'a toujours beaucoup touchée, mais je ne savais pas de quelle manière aider lorsque j'étais au lycée. Lorsque le Patio Solidaire a ouvert au mois de décembre à l'Université, où je suis étudiante, j'essayais de passer régulièrement pour amener quelques affaires et de la nourriture. Au fil des mois, j'ai commencé à passer de long moments au Patio, notamment lors d'ateliers théâtre. Je me suis beaucoup attachée à ce lieu de rencontres et de partage.

J'ai appris énormément de choses ces six derniers mois, grâce aux différentes discussions que j'ai eu avec les habitant-e-s du Patio et aux informations que j'ai moi-même cherché. Je suis choquée de la manière dont l'Europe traite les personnes exilé-e-s. Elles s'engagent dans un voyage long et périlleux, au risque de leur vie, pour se retrouver dans des pays où elles sont obligées de dormir dehors, où elles sont chassées.

J'avais prévu d'aller du côté de Briançon pour voir comment se passent les luttes là-bas, pour sortir un peu du Patio Solidaire et découvrir d'autres lieux d'accueil. La marche Passamontagna tombait justement ce week-end-là, donc j'y suis allée, et je recommencerai si d'autres mobilisations sont prévues cet été.

À Briançon, proche de la frontière italienne et où beaucoup de migrants traversent les montagnes depuis que la vallée de la Roya a été fermée, l'ambiance est tendue. La police aux frontières et les Générations Identitaires sont très présents dans le paysage montagneux. Ils ne facilitent pas la tâche des bénévoles qui essayent tant bien que mal d'aider les migrants à passer la frontière, et à aller dans d'autres villes de France sans contrôle policier.

Quelles sont les perspectives suite à Passamontagna ? Une autre marche prochainement ? Une manifestation ?

Je ne sais pas quelles seront les futures actions, mais je pense que la marche de Passamontagna a mobilisé beaucoup de personnes. Elle est un moyen d'action important pour faire passer des revendications, mais aussi pour casser les frontières. Nous avons passé la frontière du col de l’Échelle tou-te-s ensemble, Français, Italiens et personnes d'autres horizons.

Ce qui est certain, c'est que les bénévoles de Briançon, de Grenoble et d'ailleurs vont essayer de se relayer pendant l'été, et que toute personne voulant apporter son soutien en campant dans la vallée est la bienvenue ! Il y aura certainement une autre marche au mois prochain. À suivre...

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Pour rejoindre la lutte :

https://valleesenlutte.noblogs.org/

Photos issues d'Indymedia Grenoble et de Passamontagna, ou Droits Réservés