Médias : Pire que le PDG du Dauphiné Libéré ?

18/06/2019

L'information a peu circulé dans les médias, mais suffisamment pour choquer de nombreux et nombreuses Grenoblois-es : le 2 mai, le tribunal correctionnel de Lyon a condamné le PDG du Dauphiné Libéré, Christophe Tostain, à 6 mois de prison avec sursis et 4000 euros d'amende pour violence conjugale sur sa conjointe et outrages à agent.

Lors du procès, Christophe Tostain, qui dirige le journal depuis 2013, a avoué avoir frappé sa conjointe et avoir menacé des gendarmes, en particulier par cette phrase : "Sales cons, je connais le Colonel X. Je vais vous faire monter en enfer". (1)

La condamnation de Christophe Tostain a suscité de vives indignations, en particulier au sein de la rédaction du Dauphiné Libéré (qui a pourtant bien peu communiqué sur cette affaire).

Une vive indignation, c'est aussi le sentiment de l'équipe d'ici Grenoble, chaque jour, lorsque nous lisons le Dauphiné Libéré.

Pourquoi ?

Parce que le Dauphiné Libéré renforce l’ordre établi : le journal relaie la plupart du temps les informations fournies par la police, la mairie, le Conseil départemental, la Métro, la Chambre de commerce et d’industrie, la fédération de chasse, la FNSEA, le Commissariat à l’énergie atomique et les principales entreprises de l’agglomération.

Rares sont les articles critiques vis-à-vis du pouvoir en place. Rares sont les enquêtes fouillées sur des faits de corruption, d’escroqueries ou d’abus de pouvoir dans les milieux politiques et économiques locaux. Dans un contexte de crises sociale et climatique, rares sont les réflexions critiques sur le système capitaliste, le consumérisme, l’idéologie du progrès technique, les alternatives possibles, les initiatives subversives menées en Isère.

Au contraire, le Dauphiné Libéré entretient la peur et l’idéologie sécuritaire : ses Unes et ses pages principales focalisent souvent l’attention sur les faits divers les plus sordides et sanglants de l’Isère. Ces évènements sont généralement présentés sous un jour arbitraire et imprévisible. Leurs causes sont peu explicitées et analysées. L’information est centrée sur son caractère spectaculaire et émotionnel.

Par ces choix, le Dauphiné Libéré renforce l’impression de vivre dans un monde brutal, dangereux, nécessitant toujours plus de surveillance et de répression policière. À nos yeux, insidieusement et quotidiennement, ce journal alimente les idées de droite et d'extrême droite.

Chaque jour, quand nous lisons le Dauphiné Libéré, nous nous disons que l'agglomération grenobloise manque tellement d'une presse quotidienne et locale à la hauteur des enjeux politiques, sociaux et climatiques actuels...

L'équipe d'ici Grenoble

P.S : Pour une réflexion critique sur la Presse Quotidienne Régionale en France et les médias de manière générale, nous vous recommandons le site ACRIMED.

(1) Place Grenet, 14 mai 2019

Photo : DR