Récit : Une Grenobloise écoféministe à Bure

29/09/2019

Samedi 21 septembre à Bure, pour la première fois en France, plus de 450 femmes, trans, queer et personnes non-binaires ont marché contre le méga-projet d'enfouissement de déchets nucléaires Cigéo, malgré l’extrême difficulté à manifester dans la zone.

Lampsane, une Grenobloise écoféministe, y était. À son retour, ici Grenoble lui a posé quelques questions sur ces journées en mixité choisie baptisées Vent de Bure.

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ici Grenoble : Après la vague de répression sans précédent contre les opposant-e-s à Cigéo, quel était l'état d'esprit des résistantes sur place ?

Lampsane : Les personnes qui vivent dans les environs de Bure et qui résistent au projet Cigéo vivent un harcèlement policier permanent. Beaucoup sont sous le coup d'interdictions de territoire, ce qui contraint énormément leur existence.

Cette situation répressive entraîne beaucoup de fatigue, ce qui attise les conflits entre militant-e-s. Mais il est admirable de constater que, malgré cela, la volonté de résistance est toujours vive, la motivation plus forte que les dissensions.

Les militantes locales présentes pendant ce week-end en mixité choisie ont exprimé que ce week-end leur apportait une bouffée d'énergie et de joie. Le fait que ces jours-là il n'y ait eu aucune répression policière leur a donné l'espoir que des manifestations soient de nouveau possibles à Bure, que des gens puissent revenir pour exprimer leur désaccord vis-à-vis de Cigéo, sans avoir peur de perdre un pied ou un oeil.

ici Grenoble : Des rencontres antinucléaires, féministes et en mixité choisie, ce n'est pas tous les jours ! Toi qui a participé à de nombreuses mobilisations, qu'est-ce que tu trouves que ça change, dans la préparation et le déroulement des actions ?

Lampsane : J'ai été impressionnée par la qualité des discussions lors des assemblées générales. Il y avait une belle écoute, une façon de donner ses arguments dans le respect des autres opinions, une prise en compte collective des possibilités de chacun-e, une parole qui circule. J'étais fière de sentir qu'une culture féministe commune permettait cela.

Le cortège aussi était très beau, joyeux et déterminé. Clairement, des personnes sont venues à ce rassemblement parce qu'il était féministe et en non-mixité. Elles se sentaient en sécurité dans ce contexte, donc en capacité d'être actrices politiquement, voire d'aller à la confrontation.

Se sentir reconnu-e dans son identité de genre et d'orientation sexuelle, pris-e en compte dans ses capacités et ses limites, écouté-e dans ses émotions : ce sont des conditions à la lutte politique, pas des options dont on s'occupera si on a le temps. 

ici Grenoble : Quelles seront les suites données à ce week-end, et comment rejoindre cette dynamique ?

Lampsane : Les participant-e-s étaient enthousiastes pour faire de ce rassemblement le début d'une dynamique qui fasse le lien entre féminisme et écologie. Que ce soit à Bure, dans d'autres combats anti-nucléaires, ou localement dans d'autres luttes écologistes !

Les personnes qui critiquent les organisations en mixité choisie et leur mettent des bâtons dans les roues commettent une grave erreur politique et stratégique : ces formes d'organisation sont de précieuses contributions à la lutte, elles la renouvellent tant dans les tactiques employées que dans les personnes qu'elles agrègent.

Chers camarades hommes cisgenres soucieux de l'égalité politique, au lieu de vous sentir exclus : gardez les enfants de vos amies ou conjointes pour qu'elles puissent se rendre à de tels rassemblements, organisez des événements pour les soutenir et les financer, diffusez l'information pour les rendre plus visibles !

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Pour en savoir plus, nous vous recommandons l'excellent reportage du média Reporterre : À Bure, l’écoféminisme renouvelle la lutte antinucléaire.