ZAD de Roybon

Zone À Défendre contre le projet Center Parcs des Chambaran

Depuis novembre 2014, la ZAD de Roybon occupe le terrain où devait être construit le plus grand Center Parcs de France dans la forêt des Chambaran.

Voici une histoire de cette lutte (les sources sont entre parenthèses) :

Initié en 2007, ce chantier de 300 millions d’euros visait à construire 990 cottages et un centre de détentes et d’activités pour 5500 personnes. 202 hectares seraient utilisés dont 120 hectares de zones dites humides.

Le 23 juillet 2014, dans le cadre de la loi sur l’eau, une commission d’enquête délivrait un avis défavorable étant donnés les impacts sur les zones humides : mesures compensatoires insuffisantes, sous-dimensionnement des bassins de vidange des piscines, inventaire incomplet de la faune locale...

Interrogé par le Dauphiné Libéré, le directeur général adjoint de Pierre et Vacances Center Parcs promettait de recréer 200 hectares de zones naturelles en France pour compenser la construction du centre de vacances dans les Chambaran, d’augmenter la taille des bassins de vidange, d’améliorer l’inventaire de la faune, etc.

Dénonçant un rapport d’enquête « à charge », Alain Cottalorda, le nouveau président du conseil général, rappelait la « création d’emplois et de richesses sur le territoire » que représenterait Center Parcs (environ 700 emplois).

De son côté, fin septembre 2014, le Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques délivrait un avis favorable au projet. La décision finale était désormais entre les mains du préfet. (DL, 16/09/14 et 27/09/14)

Le 17 octobre 2014, le préfet de l'Isère donnait le feu vert au projet Center Parcs des Chambaran. Il validait en effet les deux derniers arrêtés en suspend, celui sur les espèces protégés et celui au titre de la Loi sur l'eau.

Quelques jours plus tard le chantier démarrait par les premiers défrichages des 202 hectares de forêts concernés. Le président de l'association la plus active contre le projet, Pour les Chambaran sans Center Parcs, s'insurgeait : « Je suis étonné par la brutalité de Pierre et Vacances. Le groupe s'était engagé à ne pas commencer les travaux avant la fin des délais légaux pour les recours. Il faut savoir que nous avons deux mois pour attaquer l'arrêté sur les espèces protégées et un an pour l'arrêté Loi sur l'eau ! » L'association préparait les dossiers pour faire ces recours en justice le plus rapidement possible. (DL, 18/10/14)

L'opposition à la construction du Center Parcs des Chambaran prit alors de l'ampleur. Le dimanche 16 novembre 2014, plus de 500 personnes manifestaient devant le chantier. (DL, 17/11/14) Dans la nuit du jeudi 20 novembre 2014, des matériaux de chantier étaient incendiés, dont des rouleaux de géotextile. La direction de Pierre et Vacances annonçait qu'elle porterait plainte et renforcerait ses équipes de vigiles, mais que « le domaine est tellement vaste que nous ne pouvons pas clôturer. ».

Dimanche 30 novembre 2014, un millier d'opposant-e-s défilaient de nouveau contre le chantier. Découvrant l'étendue des défrichements déjà réalisés en quelques semaines, certain-e-s manifestant-e-s ont dégradé du matériel de chantier. Point d'orgue de la manifestation : l'occupation d'une maison forestière abandonnée, "La marquise", par une cinquantaine de militant-e-s cagoulé-e-s. C'était la naissance d'une nouvelle « Zone À Défendre » en France. (DL, 01/12/14)

Au même moment, environ 150 manifestant-e-s « pro Center parcs » se rassemblaient devant la statue de la liberté de Roybon. (DL, 01/12/14)

Parallèlement, la bataille idéologique se poursuivait dans les médias.

Du côté des pro Center Parcs, on retiendra les déclarations du président du conseil général, Alain Cottalorda, selon lequel Center Parcs serait un « projet écologique » : « avec un taux de remplissage moyen de 90 %, les cottages remplissent la même fonction que 9 résidences secondaires ou 3 gîtes, avec une empreinte écologique bien moindre » grâce à l'utilisation du bois local, la récupération de l'eau de pluie et des déchets. (DL, 01/12 et 02/12/14)

Quelques jours plus tôt, une lettre du président de Pierre et Vacances adressée aux conseillers généraux de l'Isère mettait l'accent sur les « 697 emplois bientôt créés », 1500 pendant le chantier, et les « 6 millions d'euros de taxes locales » par an. La lettre affirmait par ailleurs que le Center Parcs ne recouvrira que « 0,42 % de la totalité du massif forestier des Chambaran » (DL, 05/11/14).

Enfin, un florilège d'élu-e-s du parti socialiste, de l'UMP et des divers droites publiaient un communiqué de presse commun : « Quand des minorités imposent leur refus à des majorités élues, interrompent et bloquent des projets élaborés, décidés et votés par de larges majorités d'élus locaux, départementaux et régionaux, l'État de droit est en cause. Où en est la démocratie quand on met sur le même pied le point de vue de manifestants, qui ne représentent qu'eux-mêmes et celui d'élus du suffrage universel qui représentent leurs concitoyens ? [...] Le droit des minorités à s'exprimer ne saurait remplacer celui des majorités à décider. » Quelques signataires : André Vallini, Geneviève Fioraso, Marie-Noëlle Battistel, Erwann Binet, Olivier Véran, Christine Crifo, Christian Nucci, Eliane Giraud... (DL, 09/11/14) Toutes et tous élu-e-s sur des programmes clairs, avec des mandats révocables, la transparence absolue sur leurs décisions et l'absence totale de conflits d'intérêts ?

Les anti Center parcs s'exprimaient aussi dans les médias. Dans les colonnes de l'Humanité, la confédération paysanne et ATTAC pointaient le scandale foncier et économique entourant le projet : « Pierre & Vacances bénéficie d’un partenariat privilégié avec les collectivités locales et la région qui investissent 36,5 millions d’euros et lui ont cédé le terrain pour une bouchée de pain (0,30 euro/m2, alors que le prix moyen est normalement de 18 euros). […] L’impact en terme d’emploi est, lui, limité et discutable : 48 % des emplois promis seront des activités de nettoyage avec un temps moyen d’un peu moins de 12h/semaine soit 370 euros/mois. » (L'Humanité, 03/12/14)

Pour l'élu d'EELV Olivier Bertrand, si le chantier avançait si vite, c'est parce que « le temps presse pour Pierre et vacances puisque son projet de Roybon est basé sur une niche fiscale qui s'arrête fin 2015. » (DL, 01/12 et 02/12/14)

De son côté, la Fédération départementale de pêche déposait un recours au tribunal administratif contre le projet. Son président s'indignait : « Le barrage de Sivens, dont on parle beaucoup, c'est 12 ou 13 hectares. Là, ce sont 76 hectares de zones humides qui seront détruits ! [...] Center parcs va rejeter de l'eau à 21 degrés, alors qu'à 20 degrés l'espèce truite disparaît. Ce secteur, c'est le château d'eau de la Drôme.[...] Les pêcheurs n'ont rien contre la venue de Center parcs en Isère, mais pas à cet endroit. » (DL, 22/11/14)

Enfin, la FRAPNA, qui a pris position contre le Center Parcs, dénonçait dans un communiqué le chantage aux subventions du conseil général : « la FRAPNA Isère […] se voit désormais couper les vivres par le Conseil Général de l’Isère, qui n’accepte pas que l’on puisse contester la légalité d’un projet touristique qui va détruire des dizaines d’hectares des précieuses zones humides des Chambaran. » (ADES, 28/11/14)

Juste avant Noël 2014, coup de thếatre : le Tribunal Administratif de Grenoble validait le recours contre Center Parcs déposé par la Fédération drômoise des pêcheurs au titre de la loi sur l'eau. Le Tribunal dénonçait des irrégularités dans la déclaration du projet et l'insuffisance de mesures compensatoires par rapport aux 76 à 120 hectares de zones humides détruites. Concrètement, cela signifiait l'arrêt du projet tant que cette situation juridique n'était pas résolue. (DL, 25/12/14)

Pierre et Vacances s'est aussitôt pourvu en cassation auprès du conseil d'État pour contester cette décision. Pour le président de Pierre et Vacances, Gérard Brémon : « Il faut trouver un compromis [...] Nous attendons des suggestions des opposants et de l'administration ». Gérard Brémon se disait « prêt à adapter » le projet, tout en affirmant que « le concept qui comprend 990 cottages et un espace aquatique doit être maintenu » et que « la focalisation sur une forêt sans valeur patrimoniale particulière, qui n'est classée ni zone Natura 2000 ni patrimoine de l'Unesco est excessive ». (DL, 29/12/14)

La décision du tribunal ne suspendait pas le défrichement mais seulement les travaux. Il ne restait d'ailleurs qu'un quart des arbres à abattre sur le chantier. (DL, 25/12/14) L'abattage des arbres a cependant cessé du fait de l'occupation des zadistes. Le chantier est au point mort depuis. (DL, 17/01/15)

Si le Tribunal administratif validait le recours au titre de la Loi sur l'eau, il rejetait cependant le recours sur les espèces protégées. L'association Pour un Chambaran Sans Center Parcs se pourvoyait en cassation pour contester cette décision. Elle dénonçait notamment la méthode de recensement de la faune et de la flore mise en place par Pierre et Vacances. (DL, 13/01/15)

On le voit, la bataille juridique était loin d'être terminée...

La bataille des idées, elle, faisait rage. Petit tour d'horizon, en commençant par les pro Center Parcs :

Début décembre 2014, plus de 800 élu-e-s et partisans du Center parcs se réunissaient à Saint-Étienne de Saint Geoirs. On retiendra les propos du président de la Communauté de Communes de Bièvre Isère, dont 69 des 71 élu-e-s ont voté pour le projet : « Notre démocratie est bafouée […] Ce projet est exemplaire, et ce n'est pas une minorité anarchisante qui a le monopole de l'environnement ». Le maire de Roybon, décrit comme « fébrile » par le journaliste du Dauphiné Libéré, s'écriait : « Pourquoi la décision n'est pas prise d'évacuer ces gens-là ? ». Le président du Conseil Général Alain Cottalorda, pour qui « la démocratie est en danger », comparait les actions des Zadistes à du « terrorisme ». (DL, 09/12/14)

 Quelques jours plus tard, dénonçant « la dictature de la bonne pensée d'experts en manipulation », douze maires du canton de saint Marcellin se réunissaient à Chatte « pour réaffirmer notre soutien au projet du Center parcs, source de développement économique. À la dictature, nous opposons la démocratie locale. » Ces maires disposaient de grandes banderoles « Bienvenue au Center parcs » dans les communes alentours. (DL, 11/12/14)

Le dimanche 14 décembre 2014, environ 2000 personnes défilaient à Roybon à l'appel de l'association Vivre en Chambaran. Son président Christian Luciani donnait le ton : « Les zadistes ne sont pas chez eux ici ! Même si la justice décide de suspendre les travaux, il n'y a pas de raisons pour qu'ils restent là-bas ! Ils doivent retourner au boulot s'ils en ont un. Mais ça, c'est beaucoup moins sûr. » (DL, 15/12/14)

Le lendemain, la Chambre de Commerce et d'Industrie, la Chambre d'agriculture, la CFDT Isère, la CFTC, FO, le Medef et d'autres organisations patronales publiaient un communiqué en faveur du Center Parcs. (DL, 16/12/14)

Pour André Vallini, ancien président du Conseil général et principal initiateur du projet, les zadistes seraient bientôt expulsés : « Pour que la France reste la France, nous devons continuer à construire des aéroports, des barrages, des autoroutes, des lignes de TGV, des équipements de tourisme. » Mais il déplorait « en France, des réglementations trop lourdes et des procédures trop longues » (DL, 04/01/15)

Pour perturber les opposant-e-s, le conseil général fermait la RD20F, la route qui dessert la maison forestière occupée. Raison officielle : « La présence des zadistes empêche de réaliser correctement l'entretien et notamment le déneigement de la route ». (DL, 06/01/15)

Le président du MEDEF, Pierre Gattaz, donnait aussi son avis lors d'une visite à la Chambre de Commerce et d'Industrie de Grenoble  : « Ces opposants systémiques, il faut les écouter lorsque les raisons sont bonnes. Lorsqu'elles ne sont pas très bonnes, je pense qu'ils deviennent irresponsables et qu'ils commencent à devenir des responsables de l'augmentation du chômage en France. » (DL, 05/12/14)

Dans le viseur de certains élus : la FRAPNA. Les conseillers généraux UMP Pierre Gimel, Jean-Claude Peyrin et André Gillet n'y allaient pas par quatre chemins : ils demandaient la suppression des subventions à la FRAPNA. « C'est un comble que la FRAPNA multiplie les recours contre un conseil général grâce aux subventions de ce même conseil général ! Ce serait bien même à l'avenir, dans les contrats signés, qu'il soit écrit noir sur blanc qu'un subventionné s'interdise d'engager des poursuites contre un subventionneur. » (DL, 10/12/14)

La FRAPNA allait-t-elle ainsi perdre 600 000 euros pour la convention 2015-2016 avec le Conseil général ? Fausses rumeurs selon l'élu Serge Revel : « C'est n'importe quoi […] Il n'y a pas de problèmes ». Pour Christian Pichoux, vice président du Conseil général : « Si le dossier de Center parcs est arrivé à un tel niveau de qualité environnemental, c'est aussi grâce à la FRAPNA... […] Appeler à la désobéissance civile à travers un communiqué, ça m'a choqué. […] Lanceurs d'alerte, je veux bien. Mais lanceurs de fatwa... » (DL, 09/12/14)

Pour terminer ce florilège de déclarations stupéfiantes, citons Eric Piolle, le maire de Grenoble. Invité à la matinale de France Inter, il affirme que les zadistes « envoient un message peut-être un peu fort... pour faire émerger un modèle plus sain à différents aspects. [...] Le passage en force ne mène à rien. ». (DL, 25/12/14)

Du côté des anti Center Parcs, la lutte continuait : la maison forestière était toujours occupée, des cabanes ont fleuri un peu partout sur le chantier, une marche aux flambeaux le 6 décembre 2014 rassemblait 400 à 600 personnes. (DL, 07/12/14)

Le 16 juillet 2015, le tribunal administratif de Grenoble annulait finalement l’arrêté du préfet au titre de la loi sur l’eau, ce qui empêche la réalisation du projet et encourage les occupant-e-s de la ZAD de Roybon à poursuivre leur combat. Le défrichement des forêts pourrait cependant se poursuivre, l’arrêté autorisant la destruction des espèces protégées n’étant pas annulé. (DL, 17/07/15 et 17/06/15)

Les promoteurs ont fait appel, mais ce dernier n’est pas suspensif. Si l’argument du tribunal administratif est confirmé par les juridictions supérieures, le projet ne pourra pas se faire.

Cette décision semblait être une surprise pour les autorités. Quelques semaines avant le rendu du tribunal, le préfet de l'Isère Jean-Paul Bonnetain annonçait l'expulsion imminente des zadistes : « J'aimerais que les choses se passent bien. Mais nous mettrons beaucoup de monde sur le terrain. », « L'idée, c'est d'éviter l'affrontement physique. Mais s'il faut utiliser la force, nous l'utiliserons. » « Parfois, la Force est utile au droit. Roybon ne sera pas le match retour de Sivens ! ». (Revue de presse de l'ADES, juillet 2015)

Dernier épisode marquant en date : le 5 novembre 2015 à l'aube, un violent incendie s'est déclaré dans une grange de la Zone À Défendre. À quelques mètres dormaient des zadistes, dans la maison forestière occupée ''La Marquise''. Alertés par un coq effrayé, les zadistes ont réussi à se mettre à l'abri des flammes et de la fumée. L'incendie a cependant détruit une grande quantité de matériel.

Quelle est l'origine de l'incendie ? « Sans avoir de preuves, nous craignons qu’il s’agisse d’un acte criminel avec l’intention d’attenter à la vie des habitant-e-s », affirment les zadistes. « Cela nous rappelle malheureusement le cocktail Molotov qui a enflammé une cabane en février dernier. » Les zadistes dénoncent également le délai d'intervention des pompiers, dont la caserne est pourtant proche. (Indymedia Grenoble, 06/11/15 ; Café paysan de Grenoble, 01/12/15 ; Dauphiné Libéré, 29/11/15)

La lutte continue...

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