L'ouvre aux 1000 jardins

Jardinage partagé à grande échelle

Tout commence en mai 2023 lorsque Latifa, en formation agricole au CFPPA de Saint-Ismier, et Émilie, étudiante en sociologie et militante aux Jardins d'Utopie, se rencontrent lors d'un Café paysan de Grenoble. Aussitôt, c'est le coup de foudre.

De leur amour et de leur passion pour l'agriculture naît une idée apparemment folle : créer une ferme bio à quelques kilomètres de Grenoble et y accueillir un immense jardin partagé de 1000 parcelles. Nom de code de leur projet : "l'ouvre", par opposition à "la ferme".

Mais comment trouver au moins 20 hectares de terres et un bâtiment agricole si près de la ville ? Latifa et Émilie n'ont aucune expérience, mais elles sont déterminées et patientes. Elles décident de répertorier puis de partir à la rencontre des quelques dizaines de fermes encore actives au nord et à l'est de l'agglomération.

Après un an de prospections, l'échec est total : Aucun des agriculteurs en âge ou en situation de céder leur ferme ne veut entendre parler d'un tel projet. Si près de Grenoble, la pression foncière est énorme : chaque hectare est un pactole potentiel de centaines de milliers d'euros si les terres deviennent constructibles. Hors de question de transmettre une part de ces trésors, surtout à un couple de jeunes femmes inexpérimentées.

Après plusieurs mois de réflexions, Latifa et Émilie décident de changer de stratégie. De nombreux agriculteurs rêvent de sommes astronomiques pour monnayer leurs terres ? Seules, elles n'ont pas cet argent. Mais collectivement, tout devient possible. Si plusieurs centaines de jardiniers et de jardinières versent un loyer de quelques dizaines d'euros par mois sur 15 ans, il est possible de réunir plusieurs millions d'euros.

Accompagnées d'un conseiller financier pour crédibiliser leur démarche, Latifa et Émilie recontactent les agriculteurs un par un. Elles proposent désormais jusqu'à 2 millions d'euros dont 100 000 € sous forme d'argent liquide non déclaré, une pratique illégale mais malheureusement courante dans les zones à forte pression foncière.

Quelques semaines plus tard, un producteur de céréales de Domène les contacte : il est prêt à leur vendre 25 hectares de terres et un grand hangar agricole.

Ces terres sont cultivées en agriculture intensive depuis 40 ans, elles sont en zone inondable, mais elles sont d'un seul tenant, riches et aux portes de Grenoble. Latifa et Émilie ne veulent pas laisser passer cette opportunité. Elles contactent aussitôt plusieurs banques coopératives pour négocier un prêt bancaire.

Parallèlement, elles créent l'association "L'Ouvre" et organisent une série de rencontres publiques pour présenter le projet d'immense jardin partagé. L'engouement est inespéré : des centaines de personnes rêvent de produire une alimentation saine près de chez elles. En quelques mois, grâce aux 150 000 € d'une campagne de financement participatif et à 100 000 € d'avances sur héritage, elles réussissent à obtenir un prêt sur 15 ans avec la NEF. En 2025, la vente est finalisée. L'Ouvre aux 1000 jardins peut démarrer.

Mettre en oeuvre un tel projet collectif demande du temps. Du temps, c'est justement ce qu'il faut pour convertir en bio les terres épuisées par tant d'années d'engrais chimiques, de labours profonds et de pesticides.

Avec l'aide du Groupe de Recherches en Agriculture Biologique d'Avignon, Latifa et Émilie lancent un programme agronomique sur trois ans pour enrichir la terre par des engrais verts, réintroduire des vers de terre et décontaminer au maximum les sols. Dans le même temps, elles démarrent petit à petit leur projet maraîcher et aménagent le hangar en ferme.

En 2028, le projet de jardin partagé est officiellement lancé. 20 hectares de terres sont prêtes à accueillir l'équivalent de 1000 parcelles de 200 mètres carrés. 900 parcelles sont payantes, avec un loyer de 10 à 30 € par mois en fonction du quotient familial. 100 parcelles sont gratuites, à destination des personnes en situation de grande précarité.

Chaque année, l'association dispose ainsi d'un budget de 100 000 à 150 000 € pour rembourser le prêt bancaire et financer les aménagements collectifs (gros outils, voies d'accès, systèmes d'irrigation, sanitaires, aires de détente...)

Les 1000 parcelles sont réparties en cinq collectifs autogérés. Chaque collectif organise sa zone à sa guise, à condition de respecter trois règles agronomiques de base : pas de pesticides, pas de labour et pas d'engrais chimiques.

La spécificité des cinqs collectifs ?

- Au "CC", le "Collectif collectif", les parcelles sont mises en commun pour optimiser les travaux agricoles : les patates sont plantées dans un champ d'un hectare d'un seul tenant, les haricots verts sur 2000 mètres carrés, les tomates sous une grande serre, etc. Les tâches et les récoltes sont partagées collectivement, au fil de la saison.

- Au "Coup de pouce", les jardiniers et les jardinières sont conseillé-e-s par une agronome experte en cultures bio. Pour financer ce poste, le loyer de chaque parcelle est augmenté de 10€ à 20€ par mois. Le Coup de pouce accueille généralement les personnes n'ayant aucune expérience agricole.

- Au "Quilomba", le jardinage se fait en non-mixité "femmes, gouines, trans". Au printemps et l'été, un grand barnum est érigé pour accueillir des ateliers de partage de savoirs, des projections de films ou des concerts, parfois en mixité.

- Au "Perlimpinpin", le jardinage expérimental est fortement encouragé : BRF, cultures sur buttes, traction animale, utilisation de l'urine humaine, essais de variétés nouvelles, non travail du sol... Pour encourager ces recherches agronomiques, Latifa et Émilie fournissent des légumes à prix coûtant aux jardiniers et jardinières dont les expérimentations ratent.

- Au "Doménon", le fonctionnement est plus conventionnel : chacun-e cultive ses légumes sur sa parcelle de 200 mètres carrés, à son rythme et à sa manière.

Chaque année, l'Ouvre aux 1000 jardins produit ainsi 200 à 250 tonnes de légumes et 30 tonnes de fruits, soit 150 à 200 kg de nourriture par jardinier et jardinière. Au mois de mai, il n'est pas rare de voir plus de 500 personnes travailler la terre au même moment, et des dizaines d'enfants s'égayer dans les aires de jeux végétalisées.

Tous les trois mois, l'Assemblée de l'Ouvre réunit des représentant-e-s de chaque collectif, afin de gérer les questions communes. Tous les ans, dix jardiniers et jardinières sont tiré-e-s au sort pour vérifier le respect des règles agronomiques, s'assurer du paiement des loyers et aider à résoudre d'éventuels conflits.

En 2041, l'Ouvre a fini de rembourser son prêt bancaire. À l'unanimité, l'Assemblée a décidé de prolonger le système de loyers pour acquérir davantage de terres et installer des centaines de nouveaux jardins urbains.

 

ATTENTION, L'OUVRE AUX 1000 JARDINS N'EXISTE PAS !
IL S'AGIT D'UN SONGE DE L'ASSOCIATION ICI GRENOBLE.

MAIS QUI SAIT, UN JOUR...

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