Beyti

Ateliers de découverte des cultures du monde arabe pour les enfants

Créée en janvier 2014, l’association Beyti (qui signifie "ma maison" en arabe) souhaite partager des cultures du monde arabe avec les enfants de 4 à 12 ans. L'association souhaite rendre les cultures des pays arabes plus familières et compréhensibles aux enfants. Elle organise des ateliers créatifs privilégiant l'expérimentation et l'appropriation. Les héritages et les réalités du monde arabe sont abordés par la pratique et l'esthétique, hors des champs religieux et politique.

L'association organise régulièrement des ateliers de cuisine, de décoration, de musique, de contes ou encore de danse, dans différents lieux publics de l'agglomération grenobloise.

Tous les enfants sont les bienvenus, qu'ils aient ou non un lien avec le monde arabe.

* * *

Pour en savoir plus sur Beyti, nous vous proposons une interview de Dounya Moussali, co-fondatrice de Beyti. Cette interview a été menée par Ici Grenoble en mars 2017.

Ici-Grenoble : Comment est née l'association Beyti ?

Dounya Moussali : L’idée d’un Centre culturel pour les enfants dédié aux cultures du monde arabe est née le lendemain d’un trajet Alger-Paris-Grenoble. J’en ai d’abord parlé comme d’un rêve, et de nombreuses personnes m’ont affirmé qu’il fallait le réaliser. Quelques-unes se sont montrées prêtes à prendre part au projet, ou à le soutenir activement.

Trois mois plus tard, en janvier 2014, l’association Beyti naissait avec 8 membres fondateurs et 4 membres d’honneur : une belle équipe de spécialistes du monde arabe et/ou pédagogues expérimentés et/ou habiles monteurs de projets. Toutes et tous sont animé-e-s par l’envie de monter des ateliers et des spectacles de qualité pour permettre aux enfants de 4 à 12 ans de découvrir le monde arabe avec un regard curieux, enthousiaste et prêt à décoller des poncifs : tajine, danse du ventre, calligraphie, chameau…

Que signifie le terme "Beyti" ?

Beyti veut dire "ma maison" en arabe. Notre objectif est que les enfants se familiarisent avec les cultures du monde arabe au point de s’y sentir chez eux. Le Centre culturel reste un horizon à atteindre. En attendant, nous avons démarré sans local, de manière itinérante, grâce à un réseau de partenaires toujours plus nombreux qui soutiennent notre initiative.

Quelles activités organisez-vous ?

Nous proposons, au fil de l’année scolaire, des ateliers thématiques ponctuels ou périodiques, sous forme périscolaire, qui permettent aux enfant d'entrer dans le monde arabe par les arts plastiques et appliqués, la musique, la danse, la cuisine, l’art de vivre ou la littérature populaire. Nous explorons à chaque occasion une pépite culturelle qui nous immerge dans le quotidien des régions concernées, de manière très référencée, tout en laissant les enfants s’approprier les contenus très librement.

Aux ateliers s’ajoutent des spectacles et animations, qui sont aussi des "trempettes" festives dans le monde arabe : le "Conte de Beyti", la malle à déguisements "Tarbouche et babouches", le "Studio Beyti" pour tirer le portrait des passant-e-s sur un fond qui les transporte dans le monde arabe, notre apéro-cabaret "Café Maure à la Casamaures", et bientôt un concert illustré…

Enfin, nous organisons des événements gratuits dans le quartier Saint-Bruno avec la complicité de Cuisine Sans Frontière et la Maison des habitants : "Tous dans le même plat", où l’on cuisine et mange en plein air au Square Saint-Bruno, ou encore "La journée des tapis' où l’on lave et sèche ses tapis ensemble avec des animations sur les tapis au fil de la journée (ce sera début juillet prochain "inchallah").

Comment élaborez-vous les thèmes de chaque atelier ?

Chaque atelier s’insère dans une rencontre à ricochets : d’abord avec une personne ayant une envie à partager, puis avec les enfants, puis avec les parents et des partenaires.

L’ingrédient de base est l’attachement d’une personne à une expérience qu’elle vit ou a vécue dans le monde arabe, ou à un savoir-faire lié à des pratiques culturelles du monde arabe. Nous n’avons pas de liste pré-établie des thèmes à aborder. Tout est possible tant que c’est consistant, source de plaisir et de connaissance. Cette personne arrive à Beyti avec son idée, et alors une équipe de trois personnes au moins conjugue ses compétences pour la transformer en une séance de partage avec les enfants qui découvrent, expérimentent et s’approprient ce qui leur est proposé.

Concrètement, on apporte aux enfants des matériaux, des instruments, des aliments, des techniques… dont ils s’emparent en suivant leur "guide" qui distille au fil de la séance des informations concrètes sur le contexte, les origines et la vocation de l’élément culturel abordé. Les enfants doivent savoir précisément de quoi il retourne, mais sans que leur liberté d’interprétation soit bridée. Ce que nous leur transmettons leur appartient. Les concepteurs et le guide maîtrisent leur thème, mais les séances ne sont ni scolaires ni érudites. Tout enfant doit pouvoir se prendre au jeu !

Quel public accueillez-vous à travers Beyti, d'un point de vue "sociologique" ?

Aux ateliers ponctuels, nous recevons beaucoup d’enfants de familles sensibles à l’inter-culturel. Nous avons un intérêt soutenu d’enfants de couples dits "mixtes", déjà relativement avertis mais désireux d’approfondir, et qui côtoient dans le partage des enfants pour qui Beyti est le premier passage vers le monde arabe.

Aux ateliers périodiques (périscolaires, en école primaire ou MJC) nous touchons des enfants de quartiers excentrés comme le Village Olympique ou Mistral, pour qui la matière de Beyti a un de loin un air de déjà vu, mais pas tant que cela quand ils y regardent de plus près. Nous tenons à ces ateliers afin que Beyti ne soit pas réservée aux privilégiés.

Ces deux publics se mélangent à l’occasion de nos animations de rue ou de spectacles proposés gratuitement… et notre futur Centre culturel devra prendre cette question à bras le corps, car l’accès aux cultures du monde arabe tel que Beyti le propose est destiné aux enfants qui les vivent au quotidien, autant qu’à ceux qui n’y connaissent rien. Cette alchimie-là, le groupe Gnawa Diffusion a prouvé qu’elle était possible à Grenoble (et bien au-delà !). Puisse Beyti leur emboîter le pas !

Le projet pédagogique de Beyti est-il, de près ou de loin, conçu comme une réponse à l'islamophobie croissante en France, ou pas du tout ? Avez-vous par exemple des liens avec l'antenne grenobloise du Collectif Contre l'Islamophobie en France, ou encore le Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires de Grenoble ? De manière plus générale, avez-vous ressenti, depuis les attentats de 2015, un climat de "tension" autour de vos activités ?

L’islam et sa perception ne sont pas en soi un enjeu à Beyti. C’est un héritage du monde arabe parmi d’autres. Nous l’abordons lorsque le thème traité le justifie, avec une approche culturelle et non cultuelle (idem pour le judaïsme ou la chrétienté arabes). Beyti s’attache plutôt à remettre en lumière ce que la prépondérante question de l’islam occulte souvent, à faire connaître le monde arabe dans l’immense diversité de ses réalités quotidiennes.

Les cultures du monde arabe sont globalement méconnues, mésestimées, envisagées de manière réductrice ou erronée. Il n’y a pas de raison de maintenir ces trésors à distance ni de les considérer comme une chasse gardée, car le passé et le présent de la France font que ces cultures sont présentes à portée de main. Alors autant en profiter toutes et tous ensemble ! Et n’y voyez pas un slogan bien pensant, c’est une vraie bataille culturelle dans laquelle Beyti s’engage à sa petite échelle, aux côtés et à la suite d’autres acteurs.

Mais pour répondre à votre question sur les attentats, l’atelier "Filousophe", programmé le lendemain du 13 novembre 2015, a réuni deux fois plus d’enfants que prévu. Nous y avons enregistré plus d’adhésions qu’à aucun autre atelier ! Comme si amener ses enfants à Beyti ce jour-là, à la rencontre du facétieux sage Juha-Nasreddine, c’était aussi, pour certains, réagir aux attentats.

Par ailleurs, les partenaires qui permettent à Beyti de déployer son action témoignent de leur volonté de participer avec nous à une revalorisation du monde arabe, a fortiori dans le contexte politico-social actuel. Le projet de Beyti est clairement sous-tendu par la volonté d’abattre les cloisonnements, de désamorcer les replis sur soi et de relever quelques petites têtes dont l’amour propre est mal mené. Mais nous nous abstenons de surfer sur la vague des actualités. Nous restons concentrés sur notre objet : partager avec exigence et ouverture les cultures du monde arabe avec les enfants, tous les enfants, qui ils soient, sans communautarisme, ni nationalisme, ni esprit partisan.

Quelles sont les perspectives de Beyti pour 2017 ?

Beyti a pris un bon rythme de croisière. Nous allons poursuivre nos ateliers ponctuels bimensuels, avec chaque fois une création et une reprise, ainsi que nos atelier périodiques périscolaires. Nous voudrions valoriser davantage ce que nous avons produit comme spectacles et animations. Nous voulons aussi mettre quelques nouvelles idées en chantier, sans toutefois épuiser la précieuse équipe qui porte le projet en backstage des intervenants ponctuels.

Notre vivier d’intervenant-e-s s’élargit régulièrement. Nous accédons parallèlement à de nouveaux cercles de partenaires : faire connaître notre travail et embarquer du monde dans notre aventure reste une préoccupation majeure. Pourvu que nous trouvions le temps en 2017 de lancer la divulgation des contenus de nos ateliers...

Mais 2017 sera aussi une phase d’observation prudente de l’évolution de notre public : Va-t-il se renouveler ? L’intérêt desfamilles se maintiendra-t-il, maintenant que l’attrait de la nouveauté devrait retomber ?

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