Les vélo-écoles pour adultes

Cours de vélo pour adultes

Faire du vélo paraît banal. Tout le monde sait faire du vélo ! Tout le monde, vraiment ? Contrairement aux idées reçues, de nombreuses personnes n'ont jamais eu la chance d'apprendre à faire du vélo quand elles étaient enfants. Mais où, avec qui et comment apprendre quand on est adulte ?

Au moins sept structures proposent des cours de vélo pour adultes dans l'agglomération :

1. La vélo-école sociale de Fontaine, animée par l'association Les déraillées

2. La Maison des Habitant-e-s Abbaye (04 76 54 26 27)

3. La Maison des Habitant-e-s Bajatière (04 76 54 41 80)

4. La Maison des Habitant-e-s Teisseire-Malherbe (04 76 25 49 63)

5. L'Association pour le Développement des Transports en Commun

6. La vélo-école de la Plateforme-mobilité du CCAS de Grenoble (04 76 48 27 90)

7. La vélo-école autogérée pour femmes, dont voici une interview réalisée par Ici Grenoble :

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RENCONTRES AVEC LA VÉLO-ÉCOLE AUTOGÉRÉE POUR FEMMES

Depuis le printemps 2016, Rox et Rooky (pseudonymes) animent des cours de vélo pour femmes à Grenoble. Pour comprendre les origines, le fonctionnement et la portée subversive de ces ateliers, Ici Grenoble a rencontré Rox.

Ici-Grenoble : Comment est née votre idée d'une vélo-école pour femmes à Grenoble ?

Rox : Le point de départ, c'est ma rencontre avec Rooky. Elle animait déjà des cours de vélo pour adultes à Fontaine. Elle est donc bien formée aux techniques d'apprentissage du vélo. De mon côté, j'anime des formations en autodéfense féministe. C'est un domaine où l'on travaille sur la confiance en soi, la respiration, le fait d'oser agir. En discutant ensemble, en constatant que pas mal de femmes de notre entourage ne savent pas faire du vélo, on a eu l'envie de proposer des cours pour femmes à Grenoble.

Il faut bien réaliser que le vélo est un outil émancipateur. Il permet de se déplacer dans la ville en toute liberté, gratuitement. Il donne de la souplesse organisationnelle pour les personnes qui ont des boulots précaires, pas de voiture, des horaires compliqués, dans des zones péri-urbaines mal desservies par les bus. Enfin, pour des personnes sans papier, le vélo permet d'éviter les transports en commun, où les contrôles d'identité sont plus fréquents.

À qui sont ouverts ces ateliers ?

Aux femmes exclusivement. Nous proposons ces cours par le bouche-à-oreille. Nous avons formé une douzaine de femmes depuis ce printemps. Elles ont généralement entre 30 et 45 ans. Nous accueillons en général deux à quatre femmes par atelier. L'une des spécificités de ces ateliers est que la totalité des femmes que nous formons sont ''racisées'', d'origine étrangère, avec ou sans papier. Concrètement, je suis la seule personne blanche.

Pour l'anecdote, l'une des femmes que nous avons formée a rejoint l'atelier parce qu'elle a vu un de nos cours sur un parking. Intriguée, elle est venue nous parler, et a finalement rejoint le groupe. Maintenant elle pédale comme une reine ! En ce moment elle apprend à monter les côtes et bien sélectionner les vitesses en fonction de l'effort à fournir.

Comment se déroulent les séances ?

Nous faisons généralement un à deux ateliers par semaine, avec des groupes de niveau. Pour les débutantes qui découvrent le vélo, nous commençons par nous exercer sur un parking. Nous allons généralement devant la Belle électrique. Il y a de l'espace et pas mal de mobiliers urbains pour apprendre à éviter des obstacles. Une fois que les femmes maîtrisent leur vélo, nous organisons des ballades groupées. On apprend à se suivre, à signaler ses déplacements, à traverser les carrefours.

Les ateliers sont-ils payants ?

Pas forcément. Nous fonctionnons sur un principe de prix libre : selon ses moyens, il est possible de donner un petit quelque chose, mais la gratuité est tout-à-fait possible. Nous sommes bénévoles.

Qui fournit les vélos ?

C'est nous ou des ami-es. On a retapé des vélos spécialement pour les cours. On a choisi des vélos avec des cadres bas, c'est plus facile pour apprendre. Ensuite, on propose aux femmes de trouver des vélos à petit prix dans des ateliers-vélos associatifs, il y en a de nombreux sur Grenoble.

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez ?

L'assiduité aux cours. La plupart des femmes que nous formons ont des vies précaires, avec certaines difficultés, des enfants à garder, des horaires de travail compliqués et ultra-flexibles. Il faut régulièrement faire des relances et adapter les horaires. Des ami-es nous aident parfois à garder les enfants lors des séances, ce qui permet à certaines femmes de venir plus facilement. Je dirais donc que pour nous, le plus difficile c'est de maintenir une dynamique de groupe, de faire preuve d'endurance et de ténacité dans ce que nous proposons.

Quelles sont les techniques pour apprendre à faire du vélo ?

De mon point de vue, le plus important c'est la confiance en soi. C'est notre rôle de transmettre cette confiance, d'être encourageantes. La clef de l'apprentissage, c'est la personne qui est sur le vélo qui la détient. C'est elle qui apprend, qui tombe, qui remonte sur le vélo, et qui petit à petit maîtrise son équilibre.

Mettez-vous des protections, un casque, des genouillères ?

Non, aucune. Parfois il y a des genoux qui râpent un peu, mais c'est normal... Après, c'est aussi parce que nous avons peu de moyens. Certaines vélos écoles proposent de porter un casque. Et quand on est sur la route, ça peut être bien de porter un dossard fluo ou d'avoir de petits éclairages qui permettent d'être mieux vues par les automobilistes.

Physiquement, les cours se passent bien ?

Oui, du moment qu'une personne est valide, tout le monde est capable faire du vélo. C'est sûr, il y a un peu de courbatures au début. On fait travailler des muscles qu'on n'a pas forcément l'habitude d'utiliser, on sue... Mais avec le temps et la ténacité, le corps s'adapte !

Quels sont tes émerveillements autour de ce projet ?

C'est très émouvant de voir une femme quand elle pédale seule pour la première fois. Il y a une exaltation partagée. Certaines femmes font aussitôt un petit film pour montrer à leurs proches. Il y a de la fierté !

Qu'est-ce qui te nourrit le plus, personnellement, dans cette aventure ?

J'y prends beaucoup de plaisir. Ça me donne la pêche. C'est magnifique de voir des femmes qui prennent confiance en elles. J'y vois beaucoup de similitudes avec les stages d'autodéfense féministe que j'anime. J'ai l'impression qu'on propose un cadre encourageant et sécurisant, on donne quelques ''billes'' techniques et en quelques heures on voit des femmes qui se réapproprient des savoirs, qui prennent confiance en elles, qui ressentent de l'émancipation.

Le fait de former des personnes au vélo dans Grenoble, est-ce que ça a changé ton regard sur la pratique du vélo dans cette ville ? Est-ce qu'il y a par exemple des choses qui manquent pour le vélo à Grenoble, selon toi ?

Globalement, Grenoble est une ville agréable pour le vélo. C'est plat, il y a pas mal de pistes cyclables, c'est assez sécurisant. Par contre il reste encore beaucoup de choses à améliorer. Ce qui est par exemple très déstabilisant et insécurisant pour les débutant-es, ce sont les pistes cyclables qui s'arrêtent d'un coup, en plein milieu d'une rue ou à un carrefour. Il y a aussi le fait que les quilles anti-stationnement des voitures, sur les trottoirs, sont trop serrées. C'est difficile pour les débutant-es de circuler avec ces obstacles si proches. Enfin, je trouve que les gros carrefours ne sont pas assez aménagés pour les vélos. On peut se sentir perdu-es : où se positionner pour tourner à gauche ? Et sur un rond-point ? Pour avoir visité certains pays comme l'Allemagne, on se dit qu'il y a plein de choses à aménager pour que le vélo soit plus facile.

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